jeudi 24 mai 2007

Tous des brebis

Dans les Alpages, il existe un troupeau de brebis qui parfois, se pose des questions existentielles. Ces brebis n'aiment pas le devoir ni les ordres. Et ça tombe plutôt bien, parceque le Chien de berger, bon gros toutou cultivé, n'aime pas tellement s'occuper de ces brebis, leur preferant ses livres, ses émois et s'adonner à l'une de ses passions, la création d'automates. Parfois, il essaye de répondre à ses questions existentielles et à celle des brebis en cherchant la réponse dans les étoiles...et Eurêka! Il trouve enfin qui est Dieu. Parcequ'il y en a un, de Dieu. Sauf que ce n'est pas un vénérable vieillard barbu (ou autre) qui regne dans les cieux (voire le cosmos). Non,Dieu est un bélier, et parcequ'il est divin, nous l'appelerons le Grand Bélier. Le Grand Bélier majesteux et noble, est né de la rencontre d'une comète mâle sur la voie lactée. Mais comme la vie est ce qu'elle est, la désillusion ne tarda pas à pointer le bout de son nez : le Grand Bélier chut dans un trou noir (et merdre).Peu échaudé, le Grand Bélier, appelé Paradoxe, passe le temps en faisant des bulles, parceque ça flatte son esthetisme (Comme f’est voli!!!) et leur donne des noms...il y en a une qui lui plait particulièrement, alors il l'appelle Terre, et part dans un long discours qui en dit beaucoup sur sa passion - discours retranscris car les adeptes savent peut-être que le Grand Bélier est affublé d'un défaut de prononciation :
Que tout cela croisse et que ça croisse et que ça grouille et que ça couine et que ça respire soupire expire, que cela coule, que ça poudroie étincelle et miroite dans tous les sens et même en travers que l'on ait des jours et des nuits (variables) des saisons des demi-saisons et du vent de la tempête que les mers remontent jusqu'aux sources des fleuves – ou le contraire – bousculant forêts et montagnes et que cela s'empiffre, s'entredévore tant entremêlés tous à faire un grand nœud que personne ne puisse jamais trancher! Ne puiffe vamais tranfer ! Faut que fa bouve!
Et c'est ce défaut de prononciation qui nous mène à l'existence terrestre et à quatre pattes qui m'interesse ici : chacun de ses postillons donna naissance à un mouton. Inutile de préciser que les brebis, toujours aptes à contredire tout et n'importe quoi, à l'instar de Groucho Marx, mettent en doute cette théorie. Non, dit l'une d'elle. Ce n'est pas un Grand Bélier Primordial qui est là-haut, puisque c'est la Grande Baleine Cosmique! Et la lune, c'est...
- C’est l’œil d’une grande baleine – quand elle dort, son œil se ferme où bien elle le cligne pour nous. Mais où serait l’autre œil ? Est-elle cyclopée ?
- De l’autre côté de l’univers – L’autre œil ! On la voit de profil ! Si ! Si ! La Grande Baleine Cosmique !
Le chien :
- Diantre, voici qui remet fâcheusement en cause ma théorie du Grand Bélier Primordial !Cependant, qui d’autre que Le Grand Bélier Primordial tiendrait le manche du Grand Parapluie Cosmique ?
Athanase Percevalve, le berger surveille d'un oeil mauvais son troupeau. Il s'en méfie et pour cause...elle semblent toujours à l'affut d'un mauvais coup. Ou bien le ridiculise en n'obeissant pas à ses ordres. Quand il veut les emmener, là-haut sur les cimes des montagnes, les brebis, comme un seul homme,bifurquent pour aller boire un verre au bar du coin. Et puis, de toutes façons, Athanase, devant son verre, a trouvé le sens de la vie. La vie,c'est un légume mal cuit.

La geste de Tombed-Kamione
Dans ce troupeau de brebis, il convient de s'arrêter sur l'une d'elle. Parcequ'elle a mon affection éternelle. Sa vie est un conte triste, où notre héroine devra braver plusieurs dangers (barrière de la langue et autres petits tracas). Petite anglaise bon teint, cette brebis a été emmenée on ne sait comment, jusque dans ce coin perdu de France, avec plusieurs autres compagnes. Mais parceque cette brebis noire n'a pas de chance, elle chut elle aussi, mais du camion - camion qui portait le nom de PerfidAlbion. Etourdie par la chute, elle est accueillie par les brebis qui se détournent d'elle bien vite, agacée par la nouvelle venue qui n'arrête pas de causer.Ô! Malheureuse brebis noire! Ses discours incomprehensibles lassent tout le monde...ne dirait-on pas une folle? La voilà qui pose le sabot sur sa gorge et ne cesse de repeter Aoh je suffolke! Et elle va, de brebis en brebis, avec sa litanie à la bouche...Evidemment, pour qu'elle s'integrasse, il fallait lui apprendre quelques rudiments. Les brebis ont bon coeur, mais il faut bien s'amuser, même si ce rire est au dépend de l'autre. Même si à la fin, la blague se retourne contre nous. Et c'est ce dernier point le plus drôle. On décida tout de même de la garder et la brebis fut affublée du nom de Tombed-Kamione.
Tombed-Kamione, c'est une bouffée d'air frais parmi ces brebis cyniques et feignantes, gentilles mais aggressives. Ne nous meprenons pas : ces qualificatifs ne sont pas tous des défauts. Tombed-Kamione, c'est l'enfant, la seule heureuse d'aller dans les cîmes des montagnes et de crier :c'est hôôôôôô!!!C'est bôôôôôôô!!! sous le regard mauvais des collègues qui ne comprennent pas tant d'extase. Elle est celle aussi, à chaque fois qu'on lui soumet une idée, qui exprime son enthousiasme (même si une fée m'a dit que la brebis n'a pas encore assimilé pleinement la langue française, et que ces réactions formidables ne seraient dues qu'à la politesse), elle a alors des yeux grands ouverts où on jurerait voir danser des étoiles, et un large sourire (peut-être un peu idiot), s'exclamant Waoh! I love beaucoup!!! Et que personne ne l'écoute ne semble pas la déranger outre mesure. Tombed-kamione aimerait bien s'élever, de temps en temps, être comme l'oiseau. Qu'on découpe le carré de terre autour d'elle et elle s'envole tel Alladin sur son tapis volant, et provoque la consternation d'une brebis, qui se demande, les yeux dans les cieux, si l'auto-persuasion permet de telles choses. Mais Tombed-Kamione, si innocente, a la malchance qui la poursuit...de fait, puisqu'elle connait toujours la grandeur, la joie et la beauté, il faut bien qu'elle chute à nouveau (à cause d'une fée écossaise, et puis, elle n'arrête pas de chuter. Sur un mode plus materialiste, elle ne sait tout simplement pas sauter). Mais, belle âme, elle continue vaille que vaille, expliquant aux autres pourquoi elle tombe sans arrêt je vais recommencer, je regarde comment tu fais, mais je vais tomber de toutes façons. Regarder les autres faire et ne pas y arriver, ne pas arriver à se conformer, ne pas arriver à être semblable., et le savoir. Et puis, elle aime l'alcool, n'hésitant pas à voler la bouteille de la bergère d'à côté pour assouvir sa soif. Elle serait d'ailleurs la seule à s'extasier devant les poèmes de Romuald, seul mâle un peu fourbe et névrosé de cette noble assemblée :
En étoile (poème)
Che msuis fait sauter l'caisson
Tralalakon et Pan!

Les pieds en éventail
Tralalala,lala et Pan!
La cervelle en étoile sur le pavé

Jolie méduse rose
Et Pan! et Pan!

S'en est passé
des choses
Dedans la pauvre coquille

Dehors l'est tout parti
maintenant, et pan et pan et
Pan !
mes rêves, mes joies, mes peines éparpillés sur le pavé, mouillé
Tralalala la lé

C'est tout cassé,
C'est tout cassé, C'est tout cassé,
Et moi zaussi
Et Pan! Et pan!
...I love beaucoup!
Qu'on laisse Tombed-Kamionne seule dans la forêt, et elle se ferait attaquer par le Grand méchant loup. N'oublions pas que la Fontaine est l'hôte de ces Alpages, la bonne âme, le parrain, même si les brebis le rende fou et qu'il en mangerait sa perruque. On y trouve aussi un aviateur, peut-être Saint-Exupery, papiers à la main et n'aspirant qu'à un peu de tranquilité, rendu fou lui aussi par un imperturbable Petit Prince tombé de son asteroide B612. Il y a aussi le Chat botté, un renard qui confond les poules et les brebis et qui est confondu quand le corbeau lui offre son fromage, le Petit Chaperon Rouge (mais on nous prévient qu'elle a grandi), Galilée et le bouc Choupinette, Roland perdu ailleurs qu'à Roncevaux, le Dieu des Vents, un lapin au citron qui n'en a pas trouvé (de citrons,alors il a pris des frites) qui rencontre un Imam dans une toute petite vignette...et celui-ci de répondre : je n'ai pas trouvé Allah,alors j'ai pris le pouvoir. Il y a aussi un ange qui passe de temps en temps, surtout quand il y a un blanc dans la conversation. Alors l'Ange vole bas avec ses boucles rousses et son épée de feu, et murmure, pour qu'on le remarque : et un ange passe.
Tombed-Kamionne est paradoxalement individualiste. Comme toutes les brebis, mais celles-ci se regroupent souvent...parfois, elles créent des milices, et attaquent tout ce qu'elles n'aiment
pas, entité puissante, lien magnifique qu'il serait présompteux de défaire. Tranquilles dans les Alpages, le pire representant de l'Homme, pour elles, est le touriste.
Tombed-Kamione, Abousimbelle, Chicounkougnette, Rominette, Marionette et les autres. 120 têtes dans ce cheptel maudit. Agaçantes,énervantes, parfois savantes, toujours philosophes, terriblement humaines, gentilles-mais-faut-pas-pousser ou en extase, les brebis de F'murrr sont apparues en 1973.
Expliquer, décortiquer Le génie des Alpages n'amenerait à rien, sinon à un ennui profond. Comment expliquer l'absurde, le non-sens, le burlesque et la poésie qui s'en degagent? Un bus rate son virage. Il ne tombe pas, mais reste suspendu dans le vide, et la barbe du conducteur de pousser, et pousser encore...Romuald joue du violon près d'une cascade et la détourne en rivière folle...pour faire d'une journée ennuyeuse une aventure, il suffit de voir que la montagne bouge (mais pas du tout! dit la Montagne)...je suis connectée à cela. Il me faudrait plusieurs pages, être philosophe et expliquer l'amour de la litterature de F'murr, son goût prononcé pour l'absurde, la derision, la folie qui cache, bien evidemment, un desespoir (joyeux). Et comment oserais-je le limiter à quelques mots, alors que son univers, riche et foisonnant, ne peut decidement pas l'être? Il a un goût prononcé pour le rêve et l'évasion et les chasseurs qui tirent au fusil sur des jets. Comme toutes personnes censées, il se pose les bonnes questions, les seules qui meritent d'être soulevées : Je suis parti en vacances chez ma sœur dans les Alpes et j'y ai vu un type qui gardait des moutons. J'ai commencé à imaginer les conversations qu'il devait avoir avec son troupeau.
Janvier
Mois des envieux – moi j'envie les envieux et leurs jolis visages verdâtres.
Février
Mois des fiévreux, ceux qui lui survivront passeront l'année.
Mars
Mois des serpents et des averses, tout est glacé qui vient en mars.
Avril
Mois des frileux, comme une vrille en avril le froid se faufile.
Mai
Le mois des bouches bées, tout ce qui bée, tout ce qui s'ouvre, c'est le printemps repu qui baille.
Juin
Tout est plein, mois des poings serrés sur choses bonnes ou non ça va chauffer.
Juillet
Mois juteux et souple, mois des grenouilles.
Août
Les loups hurlent à la lune, c'est l'air qui est trop lourd août le mois des loups.
Septembre
On voit l'été descendre, tout embrûlé, sept ombres l'accompagnent, et tous nos vœux.
Octobre
Mois de l'octobus à impériale, huit ombres l'accompagnent, d'où son nom.
Novembre
C'est l'année qui descend derrière l'été et neuf ombres… etc.;
Décembre
A la dixième ombre c'est l'année qui sombre tout est… noir...

mardi 8 mai 2007

Rêveries

J'ai rêvé cette nuit. Et je remarque que mes rêves sont lumineux en ce moment, malgré la tristesse et l'angoisse ambiantes. Je vois des enfants, des fleurs, de la neige. De bons présages, m'a-t-on dit. Je ne sais pas si je vais y croire. Parfois, je rêve de l'océan, immense, et moi sur un bateau. Le bateau sera toujours là, c'est le signe de mon déracinement. Je vogue toujours, attendant une escale. Mais je ne descendrai jamais, car il y a des gens,et je ne les aime pas. Je sais qu'il y aura flatteries à gauche, ennui à droite. J'hésite, j'ai une longue robe, je mets un pied sur la passerelle, je regarde les gens, je regarde les maisons, les étals de poissons, le chien qui aboie et les enfants qui courent, les cris de cette femme et le rire gras de cet homme, les regards de ceux qui attendent l'étrangère, et je sens que l'on va me demander comment je vais, si mon voyage a été bon, si je n'ai pas souffert de la chaleur, et si ceci, et si cela. Mon pied n'a pas eu le temps de toucher la passerelle que je le retire bien vite, et m'en retourne sur les planches de bois du bateau, en faisant claquer mes talons. Je me retire dans un coin, comme une petite souris effrayée, du moins indifférente, et je reste là, je leur montre mon dos et leur montrerai bien mes fesses si je le pouvais, comme un dernier pied-de-nez, les yeux vers la mer, et j'aggrippe la rembarde, je la serre à m'en blanchir les jointures, et je prie, je prie très fort en moi que le bateau s'en aille, qu'il s'en aille enfin, ils prennent tous beaucoup trop de temps à le faire repartir...et il s'en va, ou plutôt, il fuit, il fuit en direction de cet horizon, et c'est comme la course de Phebus derrière Selène, je vogue éternellement vers cette ligne. La rattraperai-je un jour? Je l'ignore, à l'heure qu'il est, et je continue, toujours plus loin, et je ne descends jamais du bateau, quand bien même à chaque escale on me fait des signes, là, à droite surtout, mais je ne me retourne plus. Et bientôt, très très vite car le temps n'est plus et que je ne m'aperçois de rien, le bateau sera vidé de toutes âmes humaines. Plus de respirations, plus de sons, plus de cris ou de larmes, plus de discussions stériles, même si les discussions sur un bateau restent plus interessantes que sur la terre ferme, et je suis seule avec le Capitaine, les yeux dans l'eau où nage une sirène, et le Capitaine me demande où je souhaite me rendre. Je n'ai pas de réponses. Je ne sais pas parler, je suis muette ou bien on m'a coupé la langue et c'est bien mieux ainsi. Alors je tends la main vers l'Eden, là-bas, et il me salue avec grâce, comme les gentilhommes des temps anciens, et il me semble que j'ai dejà connu un tel siècle. Je me dois de le saluer, et je le fais, en me baissant, me baissant jusqu'à ce que je sente une douleur dans mon dos, jusqu'à ce que les mèches de mes cheveux balayent le sol, jusqu'à ce que mes bras soient hauts dans le ciel, et eux aussi me font souffrir, mais alors, je serai prête pour l'envol. Et je souris en inspirant très fort l'air alentour. Je gonfle mes poumons. Suis-je vivante?
Bientôt, nous sommes perdus dans l'immensité, nous jouons à un jeu tous les midi pour apprendre à nous connaitre, je lui lis des sonnets avec tout le feu dont je suis capable, je lui raconte qu'il y a des jours où on ne peut qu'être égoiste, en songeant à la mort des êtres aimés. Que je pense au vide là tout près, et à la mort de John Keats. Que je l'imagine dans les bras de son ami, le peintre Severn, alors que finalement ils ne se connaissaient pas si bien que ça, alors que finalement, ils se sont peut-être aimés dans cette petite chambre d'hôtel romaine. Pas aimés au sens physique, Mr le Capitaine. L'amour comporte tant de sons, de parfums, et d'odeurs, qui sont tout autant de significations différentes, que je peux bien dire que deux hommes aient fini par s'apprecier en utilisant le mot aimer. Ah! mon cher ami John. Tu pleurais peut-être quand les bougies s'éteignaient, comme l'enfant que tu étais, perdu dans l'obscurité, mais je crois que tu étais digne dans cette mort qui ne l'était pas. Je pense aux mots que l'on peut prononcer quand on sait qu'on est sur le point de partir, quand on sait que le chemin est engagé, et qu'il faut y faire face. Mourir dans un lit inconnu, un pays que l'on aime mais qui n'est pas nôtre, mourir sans sa famille, mourir seul et en exil, en étant juste celui qui doit partir à ce moment-là, parceque c'est écrit dans les étoiles, peut-être. Et ressentir encore quelque chose, comme le souffle de l'ami sur le visage. Tu lui a demandé de se pousser un peu, juste un peu, son souffle était comme de la glace. Attendre de mourir, et attendre encore et encore qu'elle veuille bien arriver. 7 heures, c'est si long. C'est long d'attendre. Ca doit être drole de mourir, Monsieur le Capitaine, c'est étrange.S urtout d'attendre dans un lit, ou ailleurs. Apprendre à dire aurevoir à tout. Comme j'ai longtemps detesté cela. Detesté cette resignation. Detesté cette petite liste où on écrit les dernières choses à faire et à ne pas oublier, comme une liste des courses. Je n'aime pas la mort du petit Prince. Je n'aime pas qu'on me prévienne que ça va être dur, que ça va être un mauvais moment à passer, que ce sera juste ça. Je prefère une mort de violence. Ca arrive, on n'a pas le temps d'y penser, ou de regretter. Pas d'adieux à faire, c'est long, ennuyeux, on oublie toujours le petit truc important, et quand on y assiste, on a toujours à faire face à quelque chose, ce quelque chose enfoui au fond de nous qu'on a pas envie de retrouver si vite. Je n'aime pas les aurevoirs. Je suis peut-être faible et lâche. Et j'aimerais être comme toi, John, quand les lumières se rallumeront un court instant...s'écrier, plein de joie "Regardez! regardez! C'est la fée des flammes, qui vient d'allumer la bougie!". La mort des autres m'est un supplice. Et la vôtre, me demande le Capitaine? J'en ris, Monsieur. Je ressentirais tout ce que je vous ai dit, la colère, le desespoir. Mais au final, j'en rirais.
Il m'a écoutée avec toute la politesse du gentilhomme qu'il est, vous me faites penser à Athos, Monsieur. Il me parle des gens qu'il a tué, de la sirène qu'il faillit attraper, et quand le soir vient, je regarde l'eau profonde, je lui montre comme c'est étrange, on dirait qu'il neige sur cette eau, c'est tellement beau que j'ai les larmes aux yeux, elles deviennent des perles que je lui offre, je retrouve la parole pour demander où nous sommes, lui et moi...sommes-nous perdus à jamais?
"Terre!" me dit-on. J'ai un peu de peur, là, au fond de mon ventre. J'aimerais aller là-bas...vous la voyez, cette petite terre? Il y a un chemin un peu brumeux, caché par les arbres, et au fond, un château, il semble déplacé ici, mais je le reconnais pour ce qu'il est : il abrite des gens que j'aime, j'en vois un à la fenêtre qui me regarde avec des yeux étrangement ronds. Ce château peut les abriter tous, mes amis, il est immense, il atteint les nuages, ses tours les transperce et les fait pleuvoir. J'aimerais, à ce moment-là, que la mer devienne furie, que les monstres qui l'habite s'agitent et hurlent, pour que les vagues deviennent montagnes, qu'elles me recouvre, moi et le Capitaine. Alors,je pousserai un grand cri qui se terminera en rire, ma mélancolie et mon horrible besoin visceral de me croire coupable de tout seront balayés. Et en sentant cette vague sur mon visage, je sais maintenant que tout cela n'est qu'un rêve dans le rêve, et que je ne dors pas. Que je ne me suis jamais endormie, mais que je ne me reveillerai pas pour autant. Et ça me plait, et je me dis que je suis bien chanceuse, moi, évaporée dans le vent, bientôt enracinée dans la terre qui m'attend comme le Pierrot déraciné que je suis, et les autres peuvent aller au Diable comme ils m'envoient au Diable, je lui dirai bonjour de leur part, et en attendant d'accoster là-bas, cet endroit que j'ai choisi, mes Chimères perdues et égarées et nébuleuses, je joue avec la perruque du Capitaine, mets de la farine sur mon visage, m'aggrippe une fois de plus à la rembarde, sous les vagues qui font comme la pluie.