Plutôt que de fumer clope sur clope, j'aimerais trouver la voie de la poésie pour changer le spleen en papillons multicolores et tant pis si le papillon meurt vite, un autre prendra sa place.
Parfois, tout n'est qu'une question de patience.
Un ours en peluche, brun délavé, sur le coin du lit rose.
Je me sens finalement beaucoup de points communs avec cette peluche élimée. Si je suis ours, j'enfilerai bien un déguisement à cette démesure, ours en peluche version géante, pour qu'on voit mieux à quel point je le suis, pour le crier, et vraiment pas pour qu'on me voit, mais pour qu'on me voit mieux, même si je me rêve souris pour passer entre les interstices, quels qu'ils soient.
Trouver une couturière capable de me créer ça, un costume de loup, ou d'ours, tout pelucheux pour que je crève de chaud dessous, en plein soleil, et que je me rappelle que la chaleur m'agace.
Je sortirai la main de la moufle marron et élimée et je vous la tendrai, juste pour vous dire bonjour, et vous reculerez quand en la serrant, la moiteur vous fera reculer d'un pas, avec une moue de dégoût. Les gens n'aiment pas la moiteur. Les gens biens cachent ce dégoût derrière un joli sourire éclatant de santé mais leurs pensées sont comme des bulles de savon que l'on pourrait crever à coups d'aiguille.
Tout à l'heure, toi que je ne connais pas, tu m'as dit que tu hésitais, que tu hésitais entre deux options dans la perception que tu avais de moi, et tu t'es demandé si j'étais un génie raté ou une ado attardé, et tu te demandes si je ne fais pas exprès de dire certaines choses parce que finalement, je suis peut-être masochiste, e peut-être que j'aime le danger, ou peut-être que j'aime qu'on me crache dessus.
J'aimerais coudre ma vie comme mille saynettes absurdes et tristes, et terribles, et surtout terribles, du terrible, j'en veux encore plus, alors que ça me fait peur, et vraiment peur.
Et quelqu'un d'aussi ridiculement fier que moi n'admet pas ces choses. Mais la peur, c'est peut-être ce que l'on cherche, tout au fond de nous. Peut-être qu'en fréquentant la peur, on l'apprivoise et peut-être qu'ensuite, on aura moins peur. Ne servons pas de cible. Contre la terreur, les pieds dans la boue.
Et moi je t'ai répondu, avec ce sourire d'ado attardé, mon sourire d'enfant que tu ne devines pas, que tu devais choisir la seconde option, et je t'ai répondu que tu ferais mieux de te rappeller que rien ne dure éternellement, sauf les idées, parce que l'amour de ton prochain, l'amour de ta compagne, de ton compagnon, s'étiolera au fur et à mesure, et tes amis finiront par t'oublier, et tes parents t'aiment parce que c'est comme ça, et ce qui compte c'est les idées, parce qu'une bonne et belle idée dure bien plus de deux secondes.
L'instant. Le reste n'est qu'un souvenir dans le souvenir.
Ai-je déjà dit que je ne voulais pas de jolies dentelles, et de jolies perles ? Moi, je veux cet animal abattu dont la dépouille fume. Un animal abattu et agneau du sacrifice, pour que quelqu'un, là-haut, où qu'il soit, le Père Créateur ou Pan qui me donne la Panique, me pardonne, à jamais, d'avoir détruit l'aube. La première Aube de ma vie.
Je me prépare au pire pour sourire si jamais je me suis trompée, je me prépare au pire.
Il faut toujours se frotter à la peur, et au pire. Et tant pis si on saigne tant et tant que toutes nos forces nous abandonnent.
C'est ainsi que cela doit se passer. Toujours. Il faudrait toujours saigner, et être en état constant de douleur. Comme la Nonne dans son purgatoire.
dimanche 31 mai 2009
samedi 2 mai 2009
Mes petites cavités
Et c'est la nuit, et j'essaye ce jeu de l'écriture qui consiste à écrire sans filets, à attraper tous les mots qui tombent, qui ont grillé mon cerveau, et j'imagine des rats parce qu'il me semble avoir rêvé de rats cette nuit, mais finalement ils étaient réels, puisqu'ils couraient dans le grenier, ou sur le toit, j'ai levé le nez de mon livre et je me suis demandé ce qui allait se passer si jamais ils grignotaient les murs, qu'ils y fassent un trou, tous empilés les uns sur les autres, montagne vivante et frémissante, et qu'un jour en entrant dans ma chambre j'en écrase un sous ma botte, un qui s'était arraché de sa montagne de chair, s'était aventuré comme ça, juste pour voir le monde, je dirais qu'il n'avait pas à être là, peut-être que c'est ce que je me dirais, leurs pattes la nuit font comme la pluie qui tombe sur une vitre ou bien l'eau dans la gouttière, mais ce n'est pas de l'eau, c'est eux, et après avoir grignoté les murs, ils mangeront un homme, le premier qui vient, le premier homme, et l'un d'eux se lovera dans son estomac, et un autre entrera de force dans sa bouche, frottant sa fourrure sur les dents, sur la langue, aiguisant ses griffes sur le palais et il ressortira par l'orbite vide, il a dévoré l'oeil, la place est conquise. L'un des rats grimpe sur mon lit et me dit qu'il est désolé si parfois il est méchant, et je suis désolée si parfois je suis méchante mais il se peut qu'alors je vous mente, mais vous vous en fichez et moi aussi.
Je me rappelle un jour être sortie dans la neige les mains dans les poches pour oublier que j'avais mal au ventre à force de ne pas crier, parce qu'il m'arrive de ne pas crier. Je suis habillée d'une peau de monstre et parfois, les gens rient, je ne vois pas ce qu'il y a de très drôle là-dedans, parce que ma peau est au moins aussi belle que la leur. Alors oui, je ne sais rien faire, je n'ai même pas le permis de conduire, parce que la seule fois où j'ai conduit, j'ai renversé la voiture dans un fossé, et puis, je ne sais pas faire convenablement la vaisselle, parce que je casse un verre à chaque fois, et je ne sais même pas m'ennuyer poliment parce que si je m'ennuie, je me dessine des moustaches de gentleman sous le nez, et je le ferai aussi si c'est vous qui m'ennuyez et alors je serais malpolie. Je ne sais pas écrire correctement, parce qu'il parait que je prends des substances illicites pour écrire (et ceci est un grave affront à mon imbécilité), et puis je suis égoiste parce que je fume et que je quitterai ce monde bien avant vous, mais mon suicide différé ne veut pas dire que je ne vous aime pas, et je suis méchante parce que je ne sais pas répondre à la gentillesse, et j'aimerais parfois que les gens, quand ça leur arrive, soient moins gentils avec moi, parce qu'après ils pensent immanquablement que je me fiche d'eux, mais c'est juste que je suis handicapée et tétanisée face à la gentillesse, je suis un ours, alors j'ai un geste nerveux et je ferme les yeux, très fort, souvent, ça explique les rides entre mes deux sourcils. C'est la faim et le refus. Ici, on fait des choses idiotes dont on retire une immense fierté, on en garde la trace et on s'entend dire qu'on était folle et qu'on ne doit plus jamais le refaire alors sauver le monde sera pour demain, et puis on fait des choses un peu moins amusantes mais on les tait dans un dernier sursaut de pudeur et c'était l'époque où on ne ressentait plus grand chose et il fallait réactiver ça et j'ai arrêté à la première douleur et à l'étonnement qui a suivi et je suis désolée d'avoir oublié le goût des crêpes de Grand-Mère.
Demain soir, minuit, deux heure du matin, les rats se promènent encore dans le grenier et sur le toit, c'est une masse noire et informe, elle crache dans le trou creusé, elle se love dans votre estomac et vos orbites.
Je me rappelle un jour être sortie dans la neige les mains dans les poches pour oublier que j'avais mal au ventre à force de ne pas crier, parce qu'il m'arrive de ne pas crier. Je suis habillée d'une peau de monstre et parfois, les gens rient, je ne vois pas ce qu'il y a de très drôle là-dedans, parce que ma peau est au moins aussi belle que la leur. Alors oui, je ne sais rien faire, je n'ai même pas le permis de conduire, parce que la seule fois où j'ai conduit, j'ai renversé la voiture dans un fossé, et puis, je ne sais pas faire convenablement la vaisselle, parce que je casse un verre à chaque fois, et je ne sais même pas m'ennuyer poliment parce que si je m'ennuie, je me dessine des moustaches de gentleman sous le nez, et je le ferai aussi si c'est vous qui m'ennuyez et alors je serais malpolie. Je ne sais pas écrire correctement, parce qu'il parait que je prends des substances illicites pour écrire (et ceci est un grave affront à mon imbécilité), et puis je suis égoiste parce que je fume et que je quitterai ce monde bien avant vous, mais mon suicide différé ne veut pas dire que je ne vous aime pas, et je suis méchante parce que je ne sais pas répondre à la gentillesse, et j'aimerais parfois que les gens, quand ça leur arrive, soient moins gentils avec moi, parce qu'après ils pensent immanquablement que je me fiche d'eux, mais c'est juste que je suis handicapée et tétanisée face à la gentillesse, je suis un ours, alors j'ai un geste nerveux et je ferme les yeux, très fort, souvent, ça explique les rides entre mes deux sourcils. C'est la faim et le refus. Ici, on fait des choses idiotes dont on retire une immense fierté, on en garde la trace et on s'entend dire qu'on était folle et qu'on ne doit plus jamais le refaire alors sauver le monde sera pour demain, et puis on fait des choses un peu moins amusantes mais on les tait dans un dernier sursaut de pudeur et c'était l'époque où on ne ressentait plus grand chose et il fallait réactiver ça et j'ai arrêté à la première douleur et à l'étonnement qui a suivi et je suis désolée d'avoir oublié le goût des crêpes de Grand-Mère.
Demain soir, minuit, deux heure du matin, les rats se promènent encore dans le grenier et sur le toit, c'est une masse noire et informe, elle crache dans le trou creusé, elle se love dans votre estomac et vos orbites.
Inscription à :
Messages (Atom)


