J'aime les enfants.
Si on me connait un peu, on sait que je suis une grande gamine. Plus précisément, puisque j'étais déjà vieille en naissant, je suis une jeune veillarde.
Jeunesse éternelle, celle que les adultes veulent faire taire, en jetant la clé par-dessus leurs épaules.
Dans mon monde, les adultes n'existent pas.
Être adulte, c'est jouer à un nouveau jeu. On y construit des murs (mais plus en légo), on joue à être sérieux, à être responsable. Il le faut de temps en temps, oui. Mais on ne fait plus de grimaces. On se ferme des portes. On est soudain plein de certitudes, la tête pleine de dogmes et d'idées fixes. Le désir immédiat n'existe plus. Les adultes ont conscience de leur limite, pas les gosses. Même si pour cela, il faut qu'ils se cassent le nez. Les enfants sont mouvements, aiment la brutalité et les déguisements ne font que montrer leurs différentes facettes. Ils ne se cachent pas.
Autant le dire, on s'amuse beaucoup moins à être adulte, avec des vêtements bien coupés.
Bizarrement, certaines personnes ont décidé, un jour, à moins que ça ne soit une nuit, de ne pas avoir de gosses. Et "décider" n'est pas du tout le bon terme. Cela arrive comme ça. Il y aura toujours un psychologue pour tenter de défaire le noeud de cette étrange affaire, car tout s'explique toujours, n'est-ce pas. (Reviens, Mary Poppins, s'il te plait.)
On dira que celle-ci a eu une enfance trop malheureuse, cette autre a eu une enfance trop heureuse. Celle-ci avait un père trop présent, celle-là une mère trop absente. Il y a toujours une explication et en général, elle est à trouver du côté de l'éducation. Si je ne veux pas de mari, c'est bien parce que je suis une putain d'abandonite. Mais pas que. Les certitudes ferment les portes. On piétine sur les acquis.
Et puis les femmes sans enfants mentent. Au fond, tout ce qu'elles veulent, c'est un bébé ! Rappelez-vous la chanson du groupe Mes Aïeux ! La gamine de 16 ans qui avorte et qui la nuit, se réveille en pleurant parce qu'elle rêve d'une grande table avec plein de gamins souriants autour ! Au fond d'elle, elle veut des gosses, pauvre fille, comme toutes les femmes qui avortent ! Défendons l'avortement mais n'oublions pas de dire la vérité : toute femme normalement constituée VEUT un enfant.
Simplement, avoir et élever un bébé coûte cher et elles ne sont pas très riches, elles n'ont pas trouvé le bon papa et un bébé, ça s'élève à deux (parait même que ça se fait à deux). On peut comprendre ces femmes, elles sont à plaindre.
Il y a toujours une foutue raison.
Un matin, vous allez chercher un bouquin qu'il vous faut absolument avec des copines qui ont décidé de vous accompagner. Soudain, une autre copine passe par là avec un landau, un sourire jusqu'aux oreilles : présentation du bébé - dont elle aurait déjà posté toutes les photographies sur FesseBouc, si FesseBouc existait à l'époque - parce que c'est ce genre de mères.
Extase, joie ! Oh, le joli bébé ! s'exclament toutes les copines, bavant au-dessus du landau, ne cachant pas qu'elles aussi, elles aimeraient en avoir un tout pareil. Vous vous penchez sur le gamin, et vous vous dîtes "oh ! un bébé qui ne sait plus comment dire à toutes ces bonnes femmes de dégager de son espace vital". Vous lui dites bonjour et puis vous regardez ailleurs. Regards noirs, soudain, de la part des copines :
"mais... comment ça se fait que tu ne le regardes pas plus ?"
"Tu ne veux pas le toucher ??"
"Tu n'aimes pas les bébés ???"
Triste réalité !
Si on ne regarde que deux secondes le mioche, on n'aime pas les enfants. C'est évident. Si vous avez le malheur de dire que vous n'avez pas d'enfants alors vous attend les regards attristés de toutes les mères, qui soudain, comprennent à quel point votre vie est vide de sens, à quel point vous devez être malheureuse, à quel point vous avez besoin de leur amitié à cet instant précis.
Si devant ces regards éperdus, vous osez dire que vous ne ressentez pas l'envie d'en avoir, alors le regard change.
Soudain, vous êtes un monstre. Vous êtes égoïste et inutile.
Mais allégeons l'ambiance. C'est juste que vous êtes encore un peu immature. Vous allez bien vite changer d'idées, mais oh ! dommage pour vous, il sera trop tard ! Et vous allez le regretter, et il ne faut jamais dire jamais. Les petits poignards de la vie quotidienne.
Un matin suivant, vous êtes d'humeur sociable. Vous sortez de votre Grenier (de votre Antre, de votre Cave, de votre Nid). Vous rencontrez une amie à vous (sans enfants) et vous discutez avec ses copines (qui ont des voix à vous percer les oreilles). Vous êtes seule - parce qu'en plus, vous êtes célibataire, mais vous en faîtes vraiment exprès !
Ces femmes ont toutes des gosses et quand on vous demande si vous aussi, vous avez "la joie incroyable d'avoir des petits Anges à la maison" et que la vérité sort de votre bouche, l'une de ces copines, avec de grands yeux ronds - et qui se veut très compréhensive -, vous dit : "ah !!! vous êtes lesbienne !!!" et une autre : "vous préférez réussir votre carrière !" et encore une autre : "c'est que vous n'aimez pas les enfants.".
Ah ben non.
Ni l'un ni l'autre.
Et puis il y a des lesbiennes qui ne veulent pas non plus d'enfants, ce n'est pas toujours une fatalité, c'est ce que m'a dit une amie et sa compagne à l'époque. Et puis j'aime bien les enfants. Vraiment. Je m'amuse bien avec eux. Pas quand ils sont bébés, parce que je les trouve marrants à regarder, ils ont un regard parfois pénétrant, mais ils ne sont pas suffisamment intéressants.
Sale Sorcière ! Comment peux-tu sortir des horreurs pareilles ??? Tu fais honte à toutes les femmes ! C'est dans ton sang, tu es femme et tu dois devenir mère. Là est ta destinée. Tu ne seras jamais complète, autrement. Et tu le regretteras, toute ta vie, à cet instant où tu en voudras finalement un et que ton corps ne sera plus capable de le porter. Bien fait pour toi !
Chacune a ses raisons de ne pas mettre d'enfants au monde. Il n'y a pas de joie dans mon univers, me dit-on. Tu vois la mort partout. C'est impossible que tu sois heureuse. Le non-désir d'enfants le prouve.
Les fous !
Il y a plein de femmes qui ne veulent pas en faire, à bien y regarder. Parfois leurs raisons sont bonnes, parfois non... ou plutôt, on comprend parfois leurs raisons, parfois non. Mais qu'est-ce que j'en ai à foutre ? Ce sont leurs raisons. C'est à la mode de juger le mode de vie du voisin. Certains pensent avoir le droit de juger l'autre, parce qu'ils sont dans la norme. Aparté. Est-ce que je m'intéresse de savoir si mon voisin est homosexuel ? S'il est heureux, c'est déjà ça de gagné. Si mon voisin de palier est heureux avec un homme, mais qu'on lui foute la paix !
La garde veille. Les mamans tirent à boulet rouge sur ces femmes et démontent point par point leurs raisons. La mère et la femme enceinte savent soudain mieux que les autres ce qui se passent dans la têtes de ces femmes qui sont autres, ces Sorcières qui vont vers la Mort et refusent la Vie.
La femme sans enfants ne peut jamais avoir raison.
On peut se résigner face à ces femmes ou leur montrer notre cul. J'ai choisi la seconde option.
Bizarrement, on ne critique jamais les raisons qui poussent une femme à avoir un gosse. Jamais, parce que c'est naturel. Le contraire ne l'est pas. On parlera d'instinct maternel (qui existe, je le crois); uniquement.
On ne parlera jamais de ces femmes (raisons données par elles) qui sont tellement vides qu'elles ont besoin d'un gamin pour se donner une raison de vivre, ou de celles qui adorent les bébés (après, c'est pas très intéressant), ou celles qui le font sans jamais s'inquiéter du fait que c'est un être humain qu'elles arrachent du néant, ou de celles qui veulent survivre à travers leurs mioches. Celles qui le font parce que c'est comme ça, parce qu'on se marie et qu'après il y a les gosses. C'est ainsi que les choses se font chez les gens biens.
Un enfant, c'est un don à la société, dit une autre. Horreur ! Rester dans les normes, surtout. Les mères avec trop d'enfants outrepassent leurs droits. Folles furieuses ! C'est normal d'avoir deux ou trois gosses. Quatre ou cinq, un seul ou aucun - Anormalité.
C'est comme ça, il faut rester sur les pointillés. Je préfère quand ça déborde, je n'y peux rien.
Après tout, on est des petits animaux bien polis. Quand on est toute petite, la tata - et d'autres personnes bien intentionnées - vous demande toujours, en plus de ce que vous allez faire plus tard, combien d'enfants vous aurez. Jamais on ne demande si la gamine en a envie, non... c'est toujours "combien". Et accessoirement, tu préfères une fille ou un garçon ? Et ils s'appelleront comment, t'y as réfléchi ?
Animaux bien polis, à qui on fait entrer dans la tête, le plus naturellement du monde, qu'elles seront mères, et épouses. C'est la loi de la Nature.
Les mères ont la grâce et tout le monde sera satisfait.
Combien en font pour satisfaire les parents ? Père et Mère N 1 : "ma fille, nous aimerions tellement avoir des petits-enfants !". Les grands-parents qui refusent de s'occuper des enfants de leurs enfants l'espace d'un week-end sont eux aussi des Monstres. Combien pour dire qu'elles n'en avaient pas vraiment envie, mais que les choses se sont passées comme ça, parce que leur mari en avait envie, en un claquement de doigt ? C'est la suite logique.
Combien pour y résister, à cette pression sociale, au risque de passer pour ce monstre inutile ?
L'époque est à la glorification de la mère.
Pas une actrice/musicienne/star à deux balles sans un mioche à pouponner, pas une émission pour parler de ce vide qu'est la non-présence des enfants, pas un gynéco pour dire que ça s'assèche au bout d'un moment, il faudrait peut-être penser à en faire, madame. C'est à la mode d'avoir des gosses, il faut croire.
Nous sommes à plaindre. Victimes de notre propre égoïsme. Vie sans enfants égale vie de misère. Nous sommes déjà misérables et nous le sommes encore plus car nous sommes sans enfants.
Arielle Dombasle, j'ai trouvé que tu avais eu la grâce que l'on prête aux mères en faisant un pied-de-nez à ce journaliste qui te faisait remarquer que tu n'avais pas de gosses. Et tu avais répondu que tu étais une fée. Les fées ne peuvent pas mettre d'enfants au monde.
Pour avoir coloré ce monde terne avec cette seule phrase, je t'ai applaudie.
Et toi, Anémone, qui me ressemble un peu, parce qu'on a toutes les deux l'air d'une mamie sous ecstasy avec un humour à la con que la plupart des gens ne comprennent pas, tu as eu le cran de dire que la pression sociale a joué, que si tu n'avais pas eu de gosses, tu aurais peut-être été plus heureuse. Tu as été honnête. Tout le monde t'a craché dessus, et continue de le faire. De toute façon, tu ne fais rien qu'à provoquer les gens, tout le monde l'a vu et ça se trouve, tu crois même pas ce que tu dis. Salope !
Et on s'amuse de voir que dans le merveilleux monde de la maternité, ces chères mères se jugent entre elles.
Celle-ci refuse d'allaiter ? Mauvaise mère !
Celle-ci retourne au travail alors que son bébé n'a pas trois mois ? Mauvaise mère aussi !
Celle-ci ose dire que ce n'est pas rose tous les jours ? Idem.
Et celle qui décide de profiter de l'enfance de son bébé ? Mais tu ne réussiras jamais à couper le cordon, pauvre folle !
Je finis par le croire : il n'y a pas plus intolérant, catégorique et impatient qu'une mère. Jouons pareillement ! Il faudrait ligaturer les trompes des 3/4 d'entre elles.
Je ne hais pas les mères ou toutes les femmes enceintes. Que nenni ! Elles ont leurs désirs, j'ai les miens. Mais qu'elles ne viennent pas juger, ces mères virulentes, celles qui, de leur point de vue, sont différentes, celles qui doivent encore se battre pour affirmer leur choix de vie. Il y a parmi ces mères des êtres intelligents (et chouettes) qui comprennent instinctivement que la femme à leur côté n'est pas comme elles, ne désire pas les mêmes choses qu'elles. Et qui s'en fichent royalement, et qui n'irons pas le leur reprocher.
Malheureusement, elles sont encore un peu trop rares.
Qu'on me foute la paix !
A moi et à toutes les autres !
A partir du moment où on m'emmerde, je n'ai pas envie de me taire.
Même que je mords, des fois.



10 commentaires:
C'est le billet que j'aurais pu écrire il y a quelques années, sans enfants.
C'est le billet que je pourrais encore écrire aujourd'hui, même avec un enfant, aussi étrange que cela puisse paraître.
Mais je ne suis pas exemplaire dans ce domaine.
Le fait est qu'il y a des femmes qui ne veulent réellement pas d'enfants et sans que l'on ait besoin de présenter des raisons pathologiques ou psychologiques pour l'expliquer. Ce n'est tout de même pas une nécessité métaphysique ou même biologique que de se reproduire ! Cela a été mon cas, jadis. Je ne renie pas cela ; pas plus que je ne saurais cacher le fait qu'avoir un enfant ajoute du bonheur au bonheur.
Et il est regrettable que l'on n'accorde aucune foi à ces femmes qui ne veulent pas d'enfants et le disent.
Il y a également des femmes qui n'en veulent pas et le revendiquent haut et fort en étant de mauvaise foi et, là, c'est pitoyable. Car on ne peut lire en elles que la frustration d'un désir qu'elles sont incapables d'assumer et la haine à l'encontre de celles qui ont enfanté.
Il y a des femmes qui ont des enfants pour des raisons tout aussi pitoyables. L'enfant est une cession de rattrape pour leur vie de merde.
Tous les cas de figure existent, bien entendu, et la norme décide TOJOURS que tout ce qui est hors norme est monstrueux, bizarre, coupable, etc. Car le hors norme est dangereux pour l'Ordre.
Mais je ne suis pas d'accord avec Anémone, car je me place du point de vue de l'enfant qui entend cela. J'ai eu une non-mère pire qu'Anémone. Si elle ne voulait pas d'enfants, elle était libre de ne pas en avoir. Si elle le regrette, c'est une conne (il faut réfléchir dans la vie), et qu'elle ferme sa gueule par égard pour l'enfant né, même s'il est devenu grand.
Je hais 99 pour 100 des mères et tout ce que Tu écris est vrai, hélas. En fait, ce que je hais, chez les autres, hommes ou femmes, c'est le fait de ne pas être capable d'une dévotion réelle et absolue, que ce soit pour un enfant, un homme, une femme ou un animal. Avoir ou ne pas avoir d'enfants doit être un acte qui engage tout ce que l'on est, sinon cela n'en vaut pas la peine. Comme pour toute le reste, l'Amour ou l'Écriture y compris.
Concernant Anémone, effectivement, elle a eu des mots très durs. Bien sûr qu'étant ce que je suis, je me place d'abord du point de vue de l'enfant, bien sûr que c'est le genre de choses qui me fait hurler intérieurement.
Mais c'est la condamnation systématique de l'être qui me dérange. Qui m'emmerde.
Si t'en voulais pas, t'avais qu'à pas en faire. Rien de plus vrai. Mais je me rends compte, tous les jours en lisant les propos de ces mères que malheureusement, ça n'est pas si simple, que chaque cas est unique. Et s'il y a des non-mères de mauvaise foi, il y a aussi des mères de mauvaise foi : celles qui parlent de sacrifice. Et ça aussi, ça me fait bondir de ma chaise. Plutôt deux fois qu'une.
La franchise d'Anémone a toujours été un peu brutale. Idem pour son sens de l'humour. Ca serait peut-être mieux passé dans la bouche d'un autre.
Qu'on dise ensuite qu'elle est laide, aigrie, conne, méchante, stupide, ignoble, d'affirmer qu'elle n'a pas de coeur... je trouve ça con.
Pardon pour les fautes de frappe dans le précédent message. Je ne suis pas dans mon état normal (fatigue et chagrin ne font pas bon ménage).
Il n'y a aucun sens du sacrifice à avoir pour son enfant ou qui que ce soit en ce monde.
Si l'on pense que l'on se sacrifie, on agit du bout du coeur, sans sincérité.
Il faut peut-être avoir ce que j'appelle de la dévotion, mais pas agir par devoir (la morale n'est là que pour pallier le manque d'amour), agir inspiré par l'Amour véritable, qui est censé faire taire (un peu) l'égoïsme en nous. Et le meilleur service que l'on peut rendre à un enfant, c'est de ne pas être dépendant de lui, de lui apprendre le détachement à l'égard de ses parents, la liberté. Il faut que l'enfant s'en aille, se sente libre de partir, pas le vampiriser ni être vampirisé par lui (même avec plaisir).
Anémone m'est très sympathique, en général, mais son propos n'est que le reflet de quelqu'un d'aigri, de très malheureux, c'est évident. Cela m'inspire plutôt de la compassion à son égard.
Elle a peut-être eu des enfants ignobles, je n'en sais rien.
Mais dire cela en public, pour que l'enfant entende, c'est vouloir obtenir de lui une réaction et lui faire mal, et c'est un manque de classe absolu et, pire, un manque, pour le moins, de gentillesse. Mais nul n'est parfait...
Mais ce n'est vraiment pas la première fois qu'elle le dit - elle l'a déjà dit dans les années 80/90 - donc je suppose que ses enfants savent depuis un moment ce qu'elle pense.
Elle a également dit qu'elle les aimait (cette information semble étrangement toujours moins relayée), et elle a juste voulu dire que non, la maternité n'épanouit pas toujours une femme, contrairement à ce qu'on nous rabâche.
Elle a eu le cran de le dire (de le répéter, plutôt, même s'il y a un fond de provocation, puisqu'elle aime provoquer), de dire qu'elle n'était pas forcément heureuse en tant que mère, qu'elle ne se sentait pas forcément elle-même dans ce rôle. Il y a quelques années déjà, elle disait qu'il fallait changer les mentalités, qu'il fallait préciser aux petites filles qu'on ne faisait pas des enfants comme on allume une clope, qu'on ne pouvait pas les élever sans s'impliquer à fond. Je ne crois pas qu'elle soit si aigrie qu'on veuille bien le dire.
Il peut être assez facile de trouver Anémone aigrie, car elle semble lucide, et l'aigreur comme la lucidité ont parfois la même sale gueule.
Aussi, elle parle de son rapport à sa propre maternité, son propre statut de mère; autrement dit, de ce qui s'est passé entre elle et elle. Ça n'implique en rien ses enfants. Je ne sais pas comment elle les a élevés, mais si elle a su prendre ses responsabilités et agir au mieux face à une situation qu'elle n'a pas choisie, bref, faire face à la réalité de la maternité ( ce que des mères volontaires et ravies de l'être ne font pas forcément), et qu'en plus elle les a aimé, ils feraient un peu la fine bouche si en prime ils lui reprochaient de ne pas l'avoir fait avec le sourire. Elle peut ne pas avoir aimé être mère et avoir été une bonne mère, ce n'est pas incompatible. Et on ne connait pas leurs rapports, si ça se trouve, ils s'entendent très bien, et elle dit cela car elle a confiance en leur intelligence et leur capacité à faire la part des choses. Elle accuse dans ses propos la pression normative de la société, comment cette même société abuse de la crédulité des jeunes femmes, jamais elle n'accuse ses enfants comme étant la source de son mauvais rapport avec ce rôle. Elle brise un tabou, et briser un tabou c'est se tourner vers l'avenir, même celui des autres, pas chercher vengeance envers son passé...
J'ai connu un homme qui a quatre enfants qu'il adore, pour qui il fait tout et avec qui il s'investit à fond. Pourtant, il dit bien que si c'était à refaire, il ne le referait pas. Ses enfants lui ont été imposé ( parmi les préjugés, il y a celui que les bébés ne concernent que les femmes et les hommes n'ont pas voix au chapitre... mais ceci est une autre histoire) et même s'il est heureux qu'ils existent et de les connaître, il aurait préféré être autre chose que leur père. Vouloir être parent et vouloir des enfants, ce n'est pas toujours la même chose...
Désolée, ma Fauna, mais je trouve qu'Anémone, sur ce coup, pue l'aigreur. Si elle n'a pas été heureuse, c'est, au vu de ses propos, très peu étonnant. Et finalement justifié.
Et Dieu sait que je n'aime pas la langue de bois -- Tu es bien placée pour le savoir -- et que j'ai écrit des choses pires que celles qu'elle a dites sur ce même sujet.
Je ne vois pas comment on peut séparer la maternité, comme état ou concept, des enfants issus de cet état...
J'imagine mal une bonne mère (ou suffisamment bonne mère) qui n'aime pas être mère. Faire les choses à contrecœur engendre rarement la réussite.
Il n'y a rien de plus hypocrite que ce genre de distinctions.
Je vois encore moins bien comment on peut prétendre aimer ses enfants et dire, en même temps, que l'on aurait été plus heureuse sans les avoir. Il faut aller au bout des choses et reconnaître qu'on ne les aime pas. Là, elle serait encore plus courageuse. On ne peut pas aimer la fin sans les moyens. C'est presque de la casuistique.
Mais pourquoi pas ?
De toute façon, si le discours ambiant de propagande (oui, c'est de la propagande) quant à la maternité est insupportable, il est tout aussi insupportable, parfois, d'étaler sa vie privée, avec aussi peu de retenue et de classe, pour ne pas dire d'amour, qu'elle l'a fait. Ce qu'elle pense l'engage, mais qu'elle laisse en paix ses enfants.
Je suppose que, si votre propre mère, à l'une comme à l'autre, disait cela devant tout le monde cela ne vous gênerait pas ? Vous ne vous sentiriez pas mal aimées ? Dans ce cas, vous avez probablement raison toutes les deux et je vais éviter de perdre mon temps à discuter.
Je vous souhaite donc, afin que vous soyez en accord avec vos propos (la théorie et la pratique sont deux choses) d'avoir des mères qui déclarent qu'elles auraient plus heureuses sans vous.
La maternité ou la non-maternité n'ont rien à voir avec l'épanouissement. On est doué pour le bonheur ou pas. On assume ses actes. On réfléchit avant d'agir. Cela n'a rien à voir.
Quant à la paternité, c'est encore un autre débat et les hommes sont bien moins libres que les femmes sur ce sujet.
Décidément , à chacune de mes visites dans ce curieux grenier , il y a un petit quelque chose pour m'interpeller , délicieusement écrit , tellement plus nuancé et sensible que tous les pamphlets "child-free" auxquels je ne m'identifie que peu , finalement.
Comme vous , Fauna , je les trouve délire à regarder , les nourrissons et leur bouilles expressives , mais cela ne déclenche pas en moi cette vague déferlante d'enthousiasme maternel et de tendresse que , pour le coup , je trouve vaguement inquiétante chez les autres. Comme une sorte de stimulus programmé , bébé = transe collective chez la population femelle. C'est sans moi...
Pas d'anticipation, cela dit. Pour l'instant , des lardons , non merci. Mais à l'avenir qui sait ? Je n'ai jamais changé une couche de ma vie , mais je possède un immense répertoire de contes et légendes et je sais chanter des berceuses folk , c'est déjà un début. Mais que Dieu me garde de faire porter à un gosse innocent le poids de MES espoirs déçus ,de mes ambitions non réalisées. C'est donc un devoir pour moi que de vivre mon trip entièrement,au mépris de toute prudence ,faire ce que j'ai à faire avant de prendre ,peut-être, l'immense responsabilité de transmettre à autrui ce magnifique traumatisme qui s'appelle la vie.
Mademoiselle M
Bonsoir Mademoiselle M. !
Ravie de vous revoir ici, et encore un point commun, donc ! Contente également que ce petit billet en forme de coup de gueule (et ma voix porte loin) vous plaise.
Je me reconnais particulièrement dans ce que vous écrivez. Je ne déteste pas les mères, bien loin de là... jamais ça ne me viendrait à l'idée de critiquer celles (et je parle d'une certaine frange, parce que je continue de penser qu'il y a des femmes qui ne devraient pas avoir d'enfants, et des femmes à qui on devrait interdire d'en avoir - mais ceci est un autre sujet) qui ont fait le choix d'être mères, (malheureusement, il semble que pas mal d'entre elles ne soient pas venues à la même conclusion !).
Vous avez raison pour les sites "child-free" qui me semblent, pour le peu que j'en ai lu, un peu trop extrêmes. Ces sites-là et ceux qui glorifient la maternité sont à mettre dans le même panier. Il leur faudrait, à tous, plus de nuances. Peut-être même qu'on ne naît pas mère, mais qu'on le devient ?
Le problème, c'est que je me rends compte qu'on entre dans une spirale : la plupart des non-mères se vengent des saloperies qu'on leur dit en devenant elles-mêmes intolérantes. C'est un peu tout ça (et le couplet qui veut qu'être mère est forcément merveilleux, n'est-ce pas) qui m'a poussée à écrire ce billet (plus l'agacement : qu'est-ce qu'on peut se prendre comme vacheries, quand même!), cette pression qui veut que nous ne soyons pas tout à fait femmes (normalement constituées ?) parce que sans enfants (sans compter la culpabilisation, notre inutilité, notre égoïsme, etc. Ne pas être en admiration devant un tout petit bébé sera toujours suspect. Le plus effrayant est que je n'invente rien). De temps en temps, "Y en a marre !" comme dirait la maman de Mafalda.
Anecdote que j'ai oubliée de noter : une amie avait lu, un jour, les propos d'un homme qui avait dit à sa femme - qui ne voulait pas d'enfants - qu'elle était une... meurtrière. On atteint des sommets dans la connerie.
La vie est trop courte, que diable !
(Chanter des chansons folks ? Voilà qui me plaît !!!)
Je n'aurais pas mieux dit :)
Par ailleurs ,le fait de ne pas avoir d'enfants suppose en général une reflexion ( ne serait-ce que par la force des choses...puisque on doit fréquemment se justifier de cet acte "négatif" au sens strict du terme (absence d'acte en fait).Or ce n'est pas souvent le cas de la maternité , ai-je constaté.Mon orgueil s'accommode mal de l'idée de soumission automatique à l'instinct. "C'est la nature"...Belle excuse pour ne pas avoir à penser.La docilité hormonale me hérisse...C'est presque comme si on me retirait mon libre-arbitre.
De façon plus anecdotique,j'ajouterai également que le jargon maternel gnan-gnan a tendance à provoquer chez moi une nette exaspération.
D'ailleurs ,je suis devenue si pointilleuse en matière de langage que lorsque j'évoque le sujet avec le Compagnon ( oui, ça m'arrive...),je parle de notre éventuel "héritier" plutôt que de "bébé" ou d'"enfant".
Outre ma jubilation à employer ainsi un archaïsme snobinard (chouette contraste avec l'origine sociale des deux membres de notre couple), je considère ,plus sérieusement , qu'en dépit de sa connotation surannée ce terme cadre bien avec ma conception de la procréation. Si je suis réticente au fait d'être le simple jouet du conditionnement humain, je suis en revanche bien plus enthousiaste à l'idée de "transmission": indécrottable romantique , au fond, mon coeur s'enflamme à cette évocation; l'infinité des ramifications ( origines, culture, histoire...)qui "aboutiraient" à cet être nouveau, né de l'amour de deux énergumènes, me donne un délicieux vertige.Cette mission me semble belle et je pense la prendre très au sérieux si je franchis le pas un jour.
On m'a déjà dit que j'envisageais la maternité d'une manière "froide".Que nenni...mais j'ai la tendresse pudique.
( Navrée pour la longueur révoltante de ce post , je me suis un peu laissée aller là...Mais j'ai grand plaisir à échanger sur ce thème avec une personne comme vous , Fauna , car vos idées sont non conventionnelles et j'apprécie. ça me change des quidams , hoi polloi...)
Et pour vous dire à quel point je puis être en mode "eau de rose", je me vois très bien bercer le petit gnome au son de ma voix et de la guitare de son grand-père..."A young gipsy" façon Joan Baez ou un petit Rasputina me semblent très bien convenir !
Mais ce n'est vraiment pas pour tout de suite...Miss Angie ( demoiselle de porcelaine qui règne sans partage sur le Royaume des Tasses à thé )a encore de beaux jours de fille unique devant elle!
Amicalement,
Mademoiselle M.
C'est un plaisir de vous lire, au contraire. J'en ai plus qu'assez des idées toutes faites, des idées gelées (des "idées gelées", c'est une image qui me plait et vivement l'Hiver) alors une discussion de ce type me ravit toujours - et pas parce que je suis en accord avec ce que vous écrivez (Dieu merci d'ailleurs, il m'arrive, malgré mon "caractère bouillant", d'avoir des discussions posées avec des personnes qui ne sont pas d'accord avec moi sans pour autant qu'on se chamaille. Un échange d'idées même sans être d'accord, en somme).
Il y a quelques jours, j'ai été témoin (j'étais partie en vadrouille) de ces "idées gelées" qui au mieux, font que la conversation s'arrête là et au pire, que le ton monte. Il n'y a rien de pire que l'immobilisme, ces gens qui en viennent à refuser d'écouter l'avis d'un autre parce qu'ils estiment que cet autre a forcément tort et pour X raison. Pas besoin de connaître son avis. Glaçant.
Ce serait une belle chose de pouvoir clamer, partout, que non, les femmes sans enfants ne sont pas toutes amères et bêcheuses ! Et nulle froideur dans votre vision de la maternité.
Une jolie chanson de Joan Baez ou Rasputina au coucher - la délicieuse Joanna Newsom en plus - voilà un programme qui sonne agréablement ! Mes oursons en peluche seraient comblés si je savais chanter, comme doit l'être Miss Angie.
Mes amitiés à la Demoiselle de porcelaine et à vous, Mademoiselle M.
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