Oui, et décidément. J'aime commencer mes petites histoires et autres billets de cette façon. Quand j'étais gamine. Gamine. Du temps jadis. Maintenant, pourtant.
Tout ça m'avait beaucoup marquée. Le moyen-âge (et l'histoire en général - mais pas toutes les périodes) comptait beaucoup. C'était ces vieilles histoires, ces châteaux et ruines qu'on ne cessait de me faire visiter. Mon esprit partait souvent en promenade dans ces contrées dangereuses et embrasées.
Du peu que je m'en souviens, il avait de la gueule, ce téléfilm, il était dur et violent et sensuel et riche. Ceux qui s'en étaient occupés s'étaient rappelé que le Moyen-Âge se devait d'être une période âpre, capiteuse, rugueuse, inquiétante et pleine d'incertitudes. La Nature et le frémissement des feuilles dans les arbres, la lourdeur d'une croix sur un sein alors qu'autour, tout est fureur.
Baroque et vénéneux, vénéneux les coups d'oeil des petites Vierges aux Barbares qui caressaient de leurs regards avides leurs corps juvéniles. Vénéneuse leur envie d'aller se frotter contre ces peaux de bêtes. La jeunesse folle et furieuse a tôt fait de se rebeller contre la Nonne austère et livide.
Vanda des Steppes.
Vanda était un rêve, pour quelqu'un comme moi. Je regrettais juste qu'elle ne soit plus aussi féroce, par la suite. Même si elle prenait l'épée et s'habillait comme un garçon, elle aurait dû être plus farouche encore, plus impitoyable.
Impossible pourtant de la figer dans cet état de grâce, l'Enfant-Louve aux yeux bleus, venues des Steppes où soufflent les vents mordants. Vanda était cet enfant libre et par deux fois sauvée, issue de deux races, mi- louve mi-humaine, la Louve sa mère, Sainte Radegonde sa très sainte Mère et Romulf le Gaulois, son père. La Sainte Trinité de Vanda, enfant d'une Louve, l'enfant d'une Reine devenue Nonne et d'un Guerrier lumineux, parce qu'il irradiait de bonté, sous ses airs bourrus.
Mais pourquoi ? C'est ce que je me disais. Je n'avais pas vraiment compris ce qu'elle avait en tête.
Le gars n'en avait pas tellement envie, ce qui était une réaction étrange car après tout, il devait être ce genre de personne habituée à la chose, ce genre de personne à avoir les mains pleines de sang et de dégeulasseries. C'était le genre de gars a trouver ça parfaitement naturel.
Elle insistait. Elle avait un caractère volontaire.
Et puis elle réapparaissait.
La peau de Loup sur la tête. Le menton levé. Fière et triste et sale. Image sublime !
Elle avait traversé les rues et accompli le travail qui lui avait été demandé : sortir les Loups, sa famille, de la ville. Vanda était le miracle promis par Radegonde, la Reine qui avait décidé de se cacher du monde. Et au beau milieu de la nuit, elle rentrait chez elle, son second foyer après les bois, entrait dans la chapelle du couvent, là où les Soeurs ne cessaient plus de prier. Face à cette apparition sacrée, l'air affolé, l'air triste ou dégoûté, muettes de déférence, elles s'effaçaient les une après les autres pour laisser la place à la petite silhouette sombre, lourde de fatigue et de superbe.
Marquée du sang de sa Mère et deuxième peau. Celle de la Bête la révélait. C'étaient les Loups qu'elle venait de chasser et c'est un Loup que la maison de Dieu accueillait en son sein.
Il est indéniable que cette scène m'a marquée à vie.
Souvenir d'une autre scène.
Une toute jeune fille, toute jolie et extatique, des fleurs dans ses boucles brunes et l'air apaisé de celles qui savent.
Elle avait décidé de devenir une plus que Nonne. Elle avait décidé d'aimer Jésus toute sa vie et toute sa vie, ça n'était pas suffisant. Elle lui offrait aussi son corps et sa liberté, elle lui cédait la lumière du soleil et les rayons de lune pour sauver les âmes et ce monde en peine et alors, parce que c'était la suite logique de ce souhait, elle devenait une Recluse. Menée par le prêtre et sous le regard et les prières des jeunes Vierges, elle s'enfermait volontairement dans une grotte (ce n'était pas une grotte, mais mon esprit persiste à penser que c'était bien une grotte) dont l'entrée était bloquée par une grosse pierre.
La Mère Supérieure, l'amie proche et fidèle de Radegonde, Agnès, craignant pour cette enfant qui était désormais la sienne, lui rappelait qu'elle ne pourrait plus jamais sortir, même si elle le voulait, qu'elle ne pourrait jamais plus rien demander, que son seul contact avec l'extérieur serait cette main, juste une main anonyme passant à travers l'ouverture pour lui donner de quoi manger. Elle la mettait à l'épreuve pour tester, non pas sa foi, mais sa résolution. Ce qui, finalement, n'est pas tellement différent. Si Agnès avait pu l'en empêcher, elle l'aurait fait. En se rappelant ces mots-là, tandis qu'elle marchait lentement vers son tombeau d'amour, la jeune fille se retournait vers ses compagnes. Un instant d'hésitation. Soudain, elle donnait l'impression de ne plus être aussi sûre d'elle-même.
C'était la cérémonie de mariage la plus étrange, la plus épouvantable, la plus prodigieuse que j'ai jamais vue sur mon petit écran. Même en imagination, je n'aurais pu rêver quelque chose d'aussi fou.
Et le beau profil de Marisa Berenson en Radegonde...
Il y avait aussi cette nonne, peut-être moins flamboyante que les autres mais attachante par la bonté et la réserve dont elle faisait preuve, Begga le médecin, qui avait dû être très belle. Et Urion, qui par la faute des Loups n'était ni femme ni homme et qui comme sa "soeur" était un être hybride et étrange, gras et laid, favorisant la peur imbécile de tous ceux qui l'approchaient. Il/elle était les racines de Vanda, son seul lien avec sa famille biologique, avec le paganisme et les anciennes lois de la Nature dont il ne cessait de lui parler. Et elle/il avait un atout de poids : une haine, une rugosité, une incapacité à supporter l'idée même que des Chrétiens l'aient sauvé.
Je n'ai jamais lu le livre de Régine Deforges, qui mêle Histoire et fiction. J'ignore ce qu'il vaut, même si un titre pareil, La révolte des Nonnes, est infiniment attirant. Je réparerais, bien vite, cet oubli.
Ce film en trois parties semble être tombée en désuétude. Pas de sortie DVD prévue, pas de rediffusions. La musique, sombre et riche de Serge Franklin peut cependant être écoutée puisqu'elle a été éditée, il y a de cela quelques années.
L'on peut se replonger dans ses souvenirs et visiter ce site.
Peut-être est-il déjà connu ? J'ai tendance à tout découvrir des années après, et peu importe. Ce faisant, c'est une toute petite pierre, à peine un gravillon, que j'ajoute aux souvenirs. Je souris quand je lis que Laurent, l'un des deux créateurs du site, remercie son grand-père pour lui avoir fait découvrir cette oeuvre, via un enregistrement VHS datant de 1991.
Combien de découvertes merveilleuses, de la même façon ?
(Les captures d'images de ce billet proviennent directement du site.)









2 commentaires:
Je n'en avais jamais entendu parler.
Mais je suppose que n'étant pas de la même génération c'est normal (mon téléfilm préféré c'est plutôt le comte de Monte Cristo).
Mais en tout cas, cet article m'aura fait comprendre ton avatar.
Est-ce que tu as essayé de rechercher une version dvix de ce téléfilm ?
La première diffusion date du 1er janvier 1991 (j'ai fait quelques recherches).
Il me semble que ça a été rediffusé plusieurs fois, j'ai l'impression que la dernière diffusion en date est très lointaine, mais mon frère me dit que non...
Ce billet "explique" en petite partie mon avatar. J'ai tout un fil magique sur les peaux de bêtes, de Loups. Je te dirai ça en privé, devant une tasse de thé, par exemple. ;)
Autrement : j'ai cherché et j'ai... trouvé ! Sur la page FesseBouc et non-officielle du film. Je ne sais pas si cela t'intéresse, mais si jamais c'est le cas, je peux te renvoyer le lien.
(Cela vaut pour celles et ceux qui se perdent ici et qui auraient envie de découvrir/redécouvrir le film, et qui ne l'auraient pas trouvé.)
Enregistrer un commentaire