jeudi 2 février 2012

Le Pire du Jeudi


Je n'ai rien contre le jeudi. Vraiment rien.
Comme Brenda S. de sinistre mémoire, je déteste le lundi.


Je déteste le dimanche évidemment. Le dimanche est le jour des enfants qui doivent aller se coucher parce que le lendemain, ils doivent aller en détention. A 30 ans passés, on a toujours, caché quelque part dans un coin de la mémoire, ce petit pincement qui fait un peu mal.
Je n'apprécie pas particulièrement le mardi, non plus. Peut-être parce qu'arrivé à mardi, on ne s'est pas encore tout à fait remis du traumatisme du dimanche soir. Le mardi est un jour excessivement ennuyeux.
De fil en aiguille, il y a quelques jours, je suis retombée sur une "vidéo débile" sur Youtube. J'ai ri. Comme diraient les gars de NanarLand : le pire n'est jamais décevant.
La poster, cette vidéo qui ne déçois pas, un dimanche, un lundi ou un mardi, pour faire bonne mesure.
Hélas !
Dimanche, j'ai procrastiné.
Lundi, j'ai oublié.
Mardi, je pensais à autre chose et à ce nouveau chat qui squatte devant la maison. Nous serons bientôt la maison des Chats, deux à l'intérieur, cinq à l'extérieur, plus de croquettes.
Jeudi.
Puisque ce jeudi, il semble que je sois un peu éveillée, je poste ces vidéos. De catch.
Je ne regarde plus autant le catch qu'avant.
Peut-être parce que tout ceux que j'aimais ont disparu de la circulation.
Se ridiculisent devant des petits jeunes.
Sont morts.
Le catch était fou, avant. Extravagant, fantaisiste, insolite. C'étaient paillettes et collants en lycra qui cachaient mal les bleus à l'âme.
Le catch, actuellement, a pris un tournant qui ne me plait plus vraiment. Plus ancré dans la réalité certes, moins manichéen. Tout cela devrait me plaire.
Et ça ne me plait pas. A part un ou deux athlètes. A tout casser.
Parce qu'en perdant sa substance folle, le catch est devenu très sérieux, très triste, et finalement, plus rigide que dans son glorieux passé. Ou bien alors, tout aussi plausible : je suis une grande nostalgique. Un peu, mais pas uniquement.

A vrai dire, je suis très étonnée de tout le succès qu'il a, en France, après des années et des années d'ignorance totale. Le catch continue d'avoir mauvaise presse : si vous aimez voir deux types se casser la tête sur un ring devant des téléspectateurs hurlant et trépignant, on vous rangera bien vite dans la catégorie du "beauf inculte".
On ne comprend visiblement pas que l'on peut aimer le catch pour d'autres raisons. Voir les acrobaties d'untel et la technique d'un autre peut être une expérience aussi merveilleuse que de voir une fille gracile glisser sur la patinoire telle un cygne. C'est du spectacle, quelque chose qui tient de la parade des freaks, du cirque de Barnum. Tout est amplifié, démesuré et le spectacle est parfois beau. A quoi tient cette magie ?
Quand on est plus jeune, le catch est "bigger than life". C'est cette démesure, cette irréalité qui nous donne de grands rires et qui nous fait croire à l'illusion. On rejoue les histoires anciennes, les cow-boys et les indiens. Les gentils et les méchants. On sait que c'est faux, mais ça a quelque chose de mythologique. C'est un grand cirque. Il faut, au moins une fois dans sa vie, avoir vu Randy "Macho Man" Savage causer à la caméra. "Merci pour l'inspiration", avait écrit à sa mort une jeune artiste du cirque. C'est peut-être ça, la magie de l'époque.

Le catch des années 80/début 90, malgré toute l'affection que l'on peut avoir pour lui - il n'y a peut-être pas de hasards si cette époque est désormais considérée comme étant l'Âge d'or - a eu quelques ratés.

Les gimmicks ratés, par exemple, voir cette vidéo :





Et on se marre. Franchement. Parce qu'on aime le ratage. On se marre franchement, un grand rire, et puis rire en ré mineur. Même si l'on déteste ressentir de la pitié pour un autre - je préfère le terme de compassion -, il y a un petit quelque chose qui embête. Même quand on déteste l'humanité entière, n'est-ce pas .
Les pauvres, qu'on se dit. Obligés de faire le con sur un ring parce que Bidule, le petit gars sorti des grandes écoles, derrière son bureau, a eu une super idée. Alors que le catcheur en question a plein d'idées, lui aussi.
Vous déguiser en coq. Par exemple. Avec la petite crête rouge sur le crâne. Creuser le sol avec votre pied, l'illusion sera parfaite.
Ou en plombier.
Ou en Momie. La Momie ! Qui se cache sous le masque de la momie ? J'aurais voulu la voir, autrement que dans cette vidéo. Démentiel. Regardons-la se mouvoir, lentement, trop lentement. Sa prise semble être le câlin égyptien. La Momie catcheuse et câline. Sûrement la huitième plaie que personne n'a jamais retenue.
Et Lance Cassidy ! Quelqu'un s'en souvient ? Trois petits tours et puis s'en va.
Je fronce les sourcils, soudain. Qui a eu l'idée géniale de faire de David Arquette un champion de catch ? Poids lourd en plus ! Autant l'idée était fabuleuse avec mon cher Andy Kaufman, mais voilà : n'est pas Andy Kaufman qui veut. Et l'idée d'Andy était autrement plus formidable : il était le champion de la catégorie féminine.
Ce qui est d'un tout autre niveau.


(Vous qui vous perdez ici, parce que vous avez raté la sortie... si d'aventures vous regardez la vidéo. Curiosité ou nostalgie. Ne regardez pas la séquence 5, c'est plutôt dégeulasse.)

Impossible de passer sous silence le grand, le formidable et puissant Oz.




Oui ! Oz, le magicien !!! Le bouquin de Frank L. Baum ! Dorothy et les autres ! Un coeur, du courage et un gnome !
Que s'est-il passé dans la tête des Petits Gars derrière leurs bureaux ? Il devait y avoir un nostalgique du livre, quelque part parmi eux, qui un jour de réunion, a levé timidement la main : "et Oz ? C'est pas mal, Oz...".



Oz, dans toute sa splendeur !



Sous le masque, Kevin Nash...


qui est loin, avouons-le, d'être un mauvais catcheur. Une musique nulle, des costumes nuls. Et verts. On ne peut s'empêcher d'ouvrir la bouche bêtement. Ce qu'on voulait dire s'est soudain évaporé. On a oublié. Un filet de bave aux lèvres.
Gnnnnoz ?

Essuyons le filet de bave et souvenons-nous avec émotion de ce grand con qu'était Vince Russo.
Monsieur Russo, un être qui a beaucoup d'estime pour lui-même.


Après tout, c'est lui qui a "sauvé" la WWE en 1996. En y mettant du sexe, des trucs nuls, moches, lamentables. Le sexe à outrance, c'est ce qui fait que la division féminine est si médiocre actuellement : on n'engage pas des catcheuses, mais des filles bandantes.
Fabulous Moolah, June Byers, Mildred Burke et les autres doivent se retourner dans leurs tombes.
Si les autres ne pensaient pas la même chose que lui ou osaient donner un avis différent, Vince Russo les insultait et leur faisait comprendre à quel point ces malheureux n'avaient rien compris à la vie et se complaisaient dans le passé - certains lecteurs s'en souviennent encore.
Vince Russo ne tolérait aucune incartade, aucun "mais". Vince Russo était le genre d'hommes à aimer discuter avec Vince Russo, dans les papiers qu'il écrivait pour le magazine : il n'y avait absolument personne pour le contredire.
Selon Vince Russo, j'avais donc un énorme problème psychologique, puisque je n'aimais aucune de ses idées.
Le type est un "born again christian" et regrette beaucoup de choses, dit la petite histoire. Si, avec ses idées géniallissimes, Russo a effectivement sauvé la WWE, rappelons qu'avec les mêmes idées, il a ruiné la WCW.

L'émotion qui m'étreint n'est pas feinte, car je ne sais malheureusement pas mentir.
Je songe avec émotion (donc) à cette idée formidable que Vince Russo a eue, un jour. J'imagine parfaitement la scène.
(Note de moi-même : Vince Russo, un peu vulgaire mais surtout très cool, s'exprimait bien dans ces termes.)


Russo entre dans la pièce :
"Les gars, j'ai une SUPER idée. La meilleure. Meilleur que de faire se peloter deux pétasses sur un ring."

Les Gars :
"Laquelle ? Laquelle ??? Y aura un cran d'arrêt ? Un catcheur amoureux de son âne ? Un handicapé ?"


Russo :
"Nan ! Ce serait l'histoire d'un gars qui s'appellerait Jésus. Ou peut-être pas Jésus, mais il nous faut absolument un prénom hébraïque. Et ce gars, il ne parle pas beaucoup, il agit."

Les Gars :
"Ohlala ! Et qu'est-ce qu'il fait, ton Juif ?"

Russo :
'Il fait des miracles, mais ça se verra pas trop au début. Et on dira qu'il est tellement charismatique que des gars ne peuvent pas s'empêcher de le suivre. Genre, il monte sur le ring et son adversaire est tétanisé. Fasciné par cet homme. Et il le suit."

Les Gars :
".... ça risque d'être un peu ennuyeux pour le spectateur... nan ?"

Russo :
"Non, pas ennuyeux, bande de connards ! Fascinant et forcément attirant. Ce mec, il t'attire comme un aimant. Il faut bien montrer au public qu'il a quelque chose, un putain de pouvoir qui fait que les autres veulent le suivre. Un peu comme David Koresh."

Les Gars :
"Ha."

Russo :
"Ouais. Et on dira qu'ils seront 12 à suivre David Koresh."

Les Gars  :
"Ho ?"

Russo :
"Putain les gars, un peu d'enthousiasme ! On dirait que vous êtes morts, là ! Un mec en toge blanche !  Il a des pouvoirs ! Il fera des miracles bordel ! Mais utilisez votre cervelle ! "

Les Gars :
"Ben là, pour tout t'avouer, on a un peu de mal ."

Russo :
"Vous me gonflez les mecs ! C'est à cause de gens comme vous qu'on stagne, qu'on fait plus rien ! Z'êtes aussi cons que les spectateurs ! Je me casse !".


L'idée de Jésus et ses Potes sur le Ring n'aboutira finalement jamais.
Merci Jésus.
Nous avons sûrement raté un grand moment de catch. Le catch à son pire, à son plus mauvais, à son plus grotesque.
Et quelque part, à son meilleur.

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