mardi 17 janvier 2012

Belle du Seigneur que t'y crois pas *

* Spéciale dédicace à V.S. Qui des fois s'appelle Karma.
Elle a un vrai nom aussi, mais ne comptez pas sur moi pour vous le donner. Peut-être d'ailleurs que son vrai prénom n'est pas celui que l'on croit.
Et c'est marrant d'ailleurs, cette parenthèse, ce souvenir du Nord, où tout le monde dit à tout le monde "spéciale dédicace".
Je ne me rappelle pas l'avoir entendu aussi souvent ailleurs. Quand j'entends ça, je pense à un  concert dans un bar ou à une Guinguette 2000 (spéciale dédicace à Rochefort-sur-Mer). Je trouve ça un peu ringard, un peu nunuche. Quelqu'un passe une chanson lors d'une soirée et il y en a toujours un pour vous dire "spéciale dédicace" parce qu'il sait que vous aimez cette chanson. Et il le hurle pour vous prévenir parce qu'il s'avère que vous êtes au fond de la pièce à discuter, un verre à la main, et vous levez la main pour dire "merci bonhomme".
On vous fait un dessin vite fait en cours et on vous l'offre en disant "spéciale dédicace".
Quelqu'un dit un truc et vous fait un clin d'oeil. Spéciale dédicace.
Des spéciales dédicaces qui fusent de partout. Et même pas des "dédicaces spéciales" non.
Des spéciales dédicaces. C'est pas pareil.
Si vos copains/collègues font partie d'une frange particulière et obscure qui s'appelle le Metal  (le néo-métal - d'ailleurs, si quelqu'un sait ce que devient le Néo-Metal, faîtes-moi signe), ils vous diront "Spéciale kassdédi".
Et je sais pas pourquoi, il n'y a que dans le Nord qu'on me dit ça. Je l'ai écrit en préambule mais rappelez-moi si je l'ai un jour dit en vous donnant un dessin de Pat et hide.
Mais c'est bien, ils sont vraiment sympas, les gens du Nord.
Vous vous sentez vraiment spéciale avec eux, à force de kassdédis.

Reprenons le fil de mon histoire (le fil d'Ariane).
Parce que si V.S ne croit pas qu'une adaptation de Belle du Seigneur soit possible, elle qui est l'amie proche de Solal et des autres, moi,  j'y crois pas que j'en ai rêvé. Ca doit être à force d'en parler à 3h du matin, quand l'insomnie, qui se sent bien avec moi (avec nous), ne me (nous) lâche pas d'une semelle. Ca doit être, aussi, à force de faire des recherches, pour essayer de calmer l'inquiétude - pas la mienne, précise-je.

Tiens, une nouvelle photo.
Je sais pas, il y a quelque chose qui cloche.
Natalia V. est belle, mais est-ce qu'elle sait jouer ?
Et puis c'est con, une adaptation.


Il y avait donc Solal et Ariane. Il y avait Mangeclous. Je crois que lui est passé parce que c'est le seul que je connais vraiment vu que je l'ai rencontré, lui et sa clique, alors que j'étais gamine.
Tout ce petit monde se balade dans une pièce bleue. Il y a beaucoup de bruit, mais je ne sais pas d'où il vient. Un joli bleu sur les murs de cette pièce, d'ailleurs, un bleu que je n'arrive pas à définir. Ce n'est pas bleu azur pas plus que bleu roi et pourtant, on dirait le ciel, avec une teinte un peu sombre, entre chien et loup.
Il y a un grand gars qui reste debout devant une caméra. A croire que la caméra n'est là que pour lui. Je ne sais pas si la caméra est amoureuse de lui ou si c'est l'inverse.
Je sais d'instinct que c'est Solal.
Il y a une fille, une blonde, et je sais d'instinct que c'est Ariane.
Mais elle est bizarre, cette Ariane. Elle a une robe qui n'est pas jolie du tout, avec des fleurs partout, des grosses fleurs grossières. Et ce qui me gène, c'est ce foulard sur la tête.
On dirait la grand-mère ou la mère d'Ariane. Et ça me gène, vraiment. Je sens la déception enfler en moi... c'est que, voyez-vous, on m'a tellement vanté la beauté et la classe d'Ariane, je m'attendais à autre chose. Je m'attendais à une blonde jolie et timide, cachée derrière un verre ou un livre.
Au lieu de ça, voilà qu'Ariane et son foulard se balade les mains derrière le dos, comme le Colonel Chabert croqué par Depardieu.
De temps en temps, elle s'arrête et prend la pose, comme si elle s'entraînait devant un miroir. On dirait un cygne, avec son long cou fragile, qui semble agité de soubresauts.
Mais il y a pire que de se promener en prenant la pose. Elle minaude.
Et moi, je suis à côté de Mangeclous qui ne dit rien, le pauvre. Peut-être que lui aussi est déçu. Peut-être qu'Ariane, qui n'est pas loin de lui, ne lui a pas encore été présenté. Peut-être qu'à lui aussi, on lui avait vanté la beauté et l'élégance d'Ariane.
Je suis là, à regarder partout et je me rends compte que j'ai un drôle de chapeau sur la tête, un manteau troué et des bottes, trouées, elles aussi. Finalement, ça ne change pas beaucoup du monde d'en dehors des rêves.
Je reste là, dans cette pièce vide de meubles, avec une caméra, un Mangeclous (mais où sont ses amis ?) mélancolique, une Ariane qui se promène en gloussant et un Solal bloqué devant la caméra.
Et puis ce bruit, mais d'où vient-il, bon sang ?
Et je me rends compte de l'attitude de Solal et cette attitude me fait soudain tiquer. Il y a qu'il n'arrête pas de regarder la caméra. Si la caméra bouge, il bouge avec elle. Il se contorsionne, sautille pour s'assurer d'être devant elle, pour s'assurer qu'elle fasse son travail : graver sur la pellicule son image à lui, éternelle. La caméra n'en perd pas une miette.
Fichu égocentrique.
Mais dis-donc... c'est qu'Ariane l'est aussi !
Elle reste en retrait, mais elle s'arrange pour être toujours devant la caméra. Elle est toujours là, dans le fond, à prendre la pose.
Derrière lui. Mais toujours dans l'axe de la caméra.

Et soudain, je me dis qu'on est dans un film. Voilà, c'est le tournage de Belle du Seigneur et je suis dans le film. Voilà pourquoi il y a ce bruit infernal alors que nous ne sommes que quatre.
Et moi, qu'est-ce que je fous là ?
J'ai même pas lu le livre. Je ne les connais pas intimement, à part, et je crois que je l'ai déjà dis, Mangeclous. Qui ferait mieux de manger des clous à l'heure qu'il est, que je me dis tandis que je l'observe, lui et son pauvre sourire à l'envers, ça le piquerait quelque part dans l'oesophage ou l'estomac, ça le sortirait un peu de cette brume dans laquelle il s'est perdu.
Moi, je suis sortie de ma brume.
J'en suis sortie et je refuse d'être coincée là, avec deux zigotos qui n'arrêtent pas de se mettre en scène. C'est le tournage d'un film et il faut absolument que je prévienne la principale concernée, celle qui, quand vous dites les trois mots qui sont "belle seigneur adaptation" finit par trembler de tous ses membres, la colère concentrée en un seul point, entre les sourcils.
Alors je me décide. Je regarde partout, comme un animal pris au piège, il me faut absolument trouver la porte de sortie et aller prévenir les gens (enfin, au moins une) de ce qui se trame. Je détecte - car un animal sauvage pris au piège a tôt fait de repérer la porte de sortie - une ouverture dans le coin gauche de la pièce.
Courage !
Il me faut quelques minutes à peine. Je compte dans ma tête tandis qu'Ariane se met à chantonner tout en gloussant. J'ai soudain envie de lui mettre une gifle car je m'aperçois, stupeur ! qu'elle a les traits de Ludivine Sagnier. Je laisse Mangeclous sur place et je fonce.
Enfin, foncer... c'est vite dit. Mes pieds sont à quelques centimètres à peine au-dessus du sol. Je serre mes poings comme si ils allaient me donner la puissance nécessaire pour bondir jusqu'à la porte de gauche.
Je me contente de planer.
Je me dis qu'en planant, je vais bien finir par arriver à la porte. Et il se trouve qu'effectivement, j'avance, comme portée par un doux zéphyr.
Mais horreur !
Voilà que je reste bloquée sur place. Incapable de bouger. Impossible d'ordonner à mes jambes d'avancer - ou de sauter. Je sens l'angoisse monter en moi. Et puis il y a trop de bruit. C'est moi qui, finalement, a dû avaler les clous. Et puis je vois Solal. C'est lui qui m'a agrippé la main et il la tient fermement. Il ne parle pas, ne me regarde pas.
Et il ouvre la bouche. Il parle. Il parle à la caméra. Gros plan. Je crois qu'il déclame de la poésie, l'air très sérieux.
Il est lyrique et je le trouve ridicule.
L'heure est grave.
Je comprends qu'il refuse que je parte parce que si je le fais... je passe devant la caméra. Et ça, il ne le veut vraisemblablement pas. Je hurle.
Mais enfin, lâchez-moi ! Je vais pas vous la piquez, votre place ! Je m'en fous de la caméra !
Je veux sortir !!!
Je dois sortir !!!
Et Mangeclous ne fait rien.
Et Ariane continue de se trémousser sur une musique qu'elle doit être la seule à entendre.
Et Solal jacasse.
Et le bruit s'amplifie.
Et ça m'agace de ne pas pouvoir bouger, de ne pas pouvoir sortir de cette satanée pièce bleue.
Clap de fin de tournage.
Et le rêve s'arrête là. Avec mes pieds à quelques centimètres du sol à peine.

Belle du Seigneur ? Ca sera un super film.
Ou pas.


("Bien sûr que ça sera bien ! J'suis dedans, bordel.".)


Spéciale dédicace à Glenio Bonder, réalisateur du film, décédé le 10 novembre 2011.

lundi 16 janvier 2012

Être l'Enfant des Loups

Je me souviens de ce téléfilm, vu quand j'étais gamine. Une seule discussion, quelques mots échangés et voilà que s'entrouvre une petite porte d'un coin de la mémoire. Devant cette porte, il y a une haie et plus loin, un bois. J'en rêve souvent, de cette maison de l'enfance.
Oui, et décidément. J'aime commencer mes petites histoires et autres billets de cette façon. Quand j'étais gamine. Gamine. Du temps jadis. Maintenant, pourtant.

Tout ça m'avait beaucoup marquée. Le moyen-âge (et l'histoire en général - mais pas toutes les périodes)  comptait beaucoup. C'était ces vieilles histoires, ces châteaux et ruines qu'on ne cessait de me faire visiter. Mon esprit partait souvent en promenade dans ces contrées dangereuses et embrasées.
Du peu que je m'en souviens, il avait de la gueule, ce téléfilm, il était dur et violent et sensuel et riche. Ceux qui s'en étaient occupés s'étaient rappelé que le Moyen-Âge se devait d'être une période âpre, capiteuse, rugueuse, inquiétante et pleine d'incertitudes. La Nature et le frémissement des feuilles dans les arbres, la lourdeur d'une croix sur un sein alors qu'autour, tout est fureur.
Baroque et vénéneux, vénéneux les coups d'oeil des petites Vierges aux Barbares qui caressaient de leurs regards avides leurs corps juvéniles. Vénéneuse leur envie d'aller se frotter contre ces peaux de bêtes. La jeunesse folle et furieuse a tôt fait de se rebeller contre la Nonne austère et livide.
Vanda des Steppes.
Vanda était un rêve, pour quelqu'un comme moi. Je regrettais juste qu'elle ne soit plus aussi féroce, par la suite. Même si elle prenait l'épée et s'habillait comme un garçon, elle aurait dû être plus farouche encore, plus impitoyable.
Impossible pourtant de la figer dans cet état de grâce, l'Enfant-Louve aux yeux bleus, venues des Steppes où soufflent les vents mordants. Vanda était cet enfant libre et par deux fois sauvée, issue de deux races, mi- louve mi-humaine, la Louve sa mère, Sainte Radegonde sa très sainte Mère et Romulf le Gaulois, son père. La Sainte Trinité de Vanda, enfant d'une Louve, l'enfant d'une Reine devenue Nonne et d'un Guerrier lumineux, parce qu'il irradiait de bonté, sous ses airs bourrus.


J'avais été spécialement marquée par le passage où un homme (qui ? Une saloperie, sûrement) tuait la louve qui était sa mère, sa seconde mère. Elle pleurait sur son cadavre et finissait, hagarde, par aller voir celui qui l'avait tuée. Je tremblais. Son souhait était simple et terrible à la fois : elle voulait qu'il dépèce l'animal.
Mais pourquoi ? C'est ce que je me disais. Je n'avais pas vraiment compris ce qu'elle avait en tête.
Le gars n'en avait pas tellement envie, ce qui était une réaction étrange car après tout, il devait être ce genre de personne habituée à la chose, ce genre de personne à avoir les mains pleines de sang et de dégeulasseries. C'était le genre de gars a trouver ça parfaitement naturel.
Elle insistait. Elle avait un caractère volontaire.
Et puis elle réapparaissait.


La peau de Loup sur la tête. Le menton levé. Fière et triste et sale. Image sublime !
Elle avait traversé les rues et accompli le travail qui lui avait été demandé : sortir les Loups, sa famille, de la ville. Vanda était le miracle promis par Radegonde, la Reine qui avait décidé de se cacher du monde. Et au beau milieu de la nuit, elle rentrait chez elle,  son second foyer après les bois, entrait dans la chapelle du couvent, là où les Soeurs ne cessaient plus de prier. Face à cette apparition sacrée, l'air affolé, l'air triste ou dégoûté, muettes de déférence, elles s'effaçaient les une après les autres pour laisser la place à la petite silhouette sombre, lourde de fatigue et de superbe.
Marquée du sang de sa Mère et deuxième peau. Celle de la Bête la révélait. C'étaient les Loups qu'elle venait de chasser et c'est un Loup que la maison de Dieu accueillait en son sein.
Il est indéniable que cette scène m'a marquée à vie.

Souvenir d'une autre scène.
Une toute jeune fille, toute jolie et extatique, des fleurs dans ses boucles brunes et l'air apaisé de celles qui savent.


Elle avait décidé de devenir une plus que Nonne. Elle avait décidé d'aimer Jésus toute sa vie et toute sa vie, ça n'était pas suffisant. Elle lui offrait aussi son corps et sa liberté, elle lui cédait la lumière du soleil et les rayons de lune pour sauver les âmes et ce monde en peine et alors, parce que c'était la suite logique de ce souhait, elle devenait une Recluse. Menée par le prêtre et sous le regard et les prières des jeunes Vierges, elle s'enfermait volontairement dans une grotte (ce n'était pas une grotte, mais mon esprit persiste à penser que c'était bien une grotte) dont l'entrée était bloquée par une grosse pierre.
La Mère Supérieure, l'amie proche et fidèle de Radegonde, Agnès, craignant pour cette enfant qui était désormais la sienne, lui rappelait qu'elle ne pourrait plus jamais sortir, même si elle le voulait, qu'elle ne pourrait jamais plus rien demander, que son seul contact avec l'extérieur serait cette main, juste une main anonyme passant à travers l'ouverture pour lui donner de quoi manger. Elle la mettait à l'épreuve pour tester, non pas sa foi, mais sa résolution. Ce qui, finalement, n'est pas tellement différent. Si Agnès avait pu l'en empêcher, elle l'aurait fait. En se rappelant ces mots-là, tandis qu'elle marchait lentement vers son tombeau d'amour, la jeune fille se retournait vers ses compagnes. Un instant d'hésitation. Soudain, elle donnait l'impression de ne plus être aussi sûre d'elle-même.
C'était la cérémonie de mariage la plus étrange, la plus épouvantable, la plus prodigieuse que j'ai jamais vue sur mon petit écran. Même en imagination, je n'aurais pu rêver quelque chose d'aussi fou.

Et le beau profil de Marisa Berenson en Radegonde...


Amie de Venance Fortunat, Prêtre, Poète et futur évêque de Poitiers, Poitiers que je connais bien. On peut les imaginer ensemble, lui lisant et elle écoutant, comme l'a imaginé et peint Lawrence Alma-Tadema avec Venantius Fortunatus Reading His Poems To Radegonda VI (1862).


Il y avait aussi cette nonne, peut-être moins flamboyante que les autres mais attachante par la bonté et la réserve dont elle faisait preuve, Begga le médecin, qui avait dû être très belle. Et Urion, qui par la faute des Loups n'était ni femme ni homme et qui comme sa "soeur" était un être hybride et étrange, gras et laid,  favorisant la peur imbécile de tous ceux qui l'approchaient. Il/elle était les racines de Vanda, son seul lien avec sa famille biologique, avec le paganisme et les anciennes lois de la Nature dont il ne cessait de lui parler. Et elle/il avait un atout de poids : une haine, une rugosité, une incapacité à supporter l'idée même que des Chrétiens l'aient sauvé.
Je n'ai jamais lu le livre de Régine Deforges, qui mêle Histoire et fiction. J'ignore ce qu'il vaut, même si un titre pareil, La révolte des Nonnes, est infiniment attirant. Je réparerais, bien vite, cet oubli.

Ce film en trois parties semble être tombée en désuétude. Pas de sortie DVD prévue, pas de rediffusions. La musique, sombre et riche de Serge Franklin peut cependant être écoutée puisqu'elle a été éditée, il y a de cela quelques années.


L'on peut se replonger dans ses souvenirs et visiter ce site.
Peut-être est-il déjà connu ? J'ai tendance à tout découvrir des années après, et peu importe. Ce faisant, c'est une toute petite pierre, à peine un gravillon, que j'ajoute aux souvenirs. Je souris quand je lis que Laurent, l'un des deux créateurs du site, remercie son grand-père pour lui avoir fait découvrir cette oeuvre, via un enregistrement VHS datant de 1991.
Combien de découvertes merveilleuses, de la même façon ?

(Les captures d'images de ce billet proviennent directement du site.)

samedi 7 janvier 2012

Beaj Vat !

La première fois où je suis allée sur une île, j'étais petite.
C'était en Bretagne, à Enez Vriad, l'île de Bréhat.
Champ infini. Tous les possibles au creux de ma paume, noire de terre, poussiéreuse à force de ramasser les cailloux. Il semble si facile alors, de faire le bon choix.
Enez Vriad, Enez Vriad !
Bréhat était encore un peu sauvage. L'on murmure que Bréhat a beaucoup perdu de son charme, le jour où elle est devenue un peu plus touristique. Cela dépend de nombreuses choses... cela dépend de l'état d'esprit dans lequel on se trouve, lorsqu'on arrive. Est-ce que l'on craint la solitude ? Est-ce que l'on craint la foule ? Avons-nous peur de nous taire ?  Avons-nous forcément besoin de combler le silence ? Avons-nous peur de la berceuse des femmes de marins ?
Cet aller que certains auraient voulu simple alors qu'ils vivaient juste en face, là sur le continent, fut un nouveau jeu. Prendre le bateau est déjà un jeu. Il y a là quelques personnes qui bravent le temps, qui osent rire et défier le vent, peut-être parce que dans ce coin du monde, on y est habitué, ce vent qui emmêle les cheveux et l'on plisse les yeux, on se mord un peu les lèvres et si j'ai oublié tous ceux qui embarquaient, ce très jeune moine, semblable à ceux que l'on voit dans les vieux livres, a marqué mon esprit et l'espace d'un instant, j'ai imaginé qu'il était l'une de ces anciennes âmes, un de ces moines qui avaient tenté de résister aux Vikings, au IXème siècle, à Saint-Brieux.
Le vent dans les cheveux, le vent giflant le visage - et tout est à vif -, le bruit du vent dans les oreilles, tout cela est un jeu. C'est un jeu qui finit par être douloureux, un peu, parce que les oreilles sont fragiles, et les miennes l'ont toujours été et le vent qui n'en à que faire continue de jouer. Il est multiple et changeant, brise douce, doux murmure et soudaine rafale, hurlement, il nous met à l'épreuve et s'amuse et  parle comme la mer parle, la mer agitée, toujours fougueuse et irritable, et puis ce pont, les vieilles pierres, ce phare au loin, celui de Pann (ou Paon). Cette femme en noir qui attend sur un banc et ce chat qui court se réfugier dans un endroit connu de lui seul.
Le bruit et le silence. Les nuages frôlent la mer.
Et Grand-mère parle des îles bretonnes et du danger tapi à l'intérieur de chacune d'elles, cette ballade de marin que l'on finit par connaître par coeur, comme la prière que l'on dit à Jésus, le soir au fond du lit.
Qui voit Ouessant voit son sang, 
Qui voit Molène voit sa peine, 
Qui voit Sein voit sa fin, 
Qui voit Groix voit sa croix
Etrange litanie, berceuse aimée. A l'horizon, j'ai vu Molène et si cette berceuse nous parle au plus profond de notre être, c'est qu'alors, rien n'est tout à fait perdu.
Quand le vent hurle, il faut fermer les yeux très fort, et écouter. Eviter de boucher ses oreilles, même si on en a très envie. Ecouter le vent rugir et sentir, au fond de ses tripes, sentir et deviner que, paradoxalement, tout est calme. Incroyablement calme. Et incroyablement vivant. Il n'y a plus que des êtres, séparés les uns des autres par ce vent, ce vent que l'on aimerait mettre dans une bouteille pour en capturer une infime partie, pour le faire écouter ensuite, à ceux à qui on aurait envie de le faire écouter.
Et puisque l'on se sépare des autres alors même qu'on se tient à leurs côtés, alors c'est seul qu'il faut y aller, et c'est seul qu'on y pénètre. Le nez en l'air et le corps frémissant, subir, se plier à cette sauvagerie et hurler intérieurement, en même temps que le vent, et si les autres dansent, je hurle ! Le vent s'engouffre sous les vêtements, et on a froid, on grelotte, on se dit qu'on doit avoir, l'espace d'un instant, l'âme d'un guerrier parce que l'on avance quand même. Nous avons choisi le bon jour pour nous perdre dans l'île.
La solitude, Ô Solitude ! Dans ces bras-là je me love et la tête se vide, nulle pensée amère, nulle tristesse ou si c'est de tristesse qu'il s'agit, elle est celle, précieuse, qui rejoint la joie infinie d'un soir d'été sur les rochers des côtes bretonnes, Aodoù-an-Arvor, ce n'est pas tout à fait là que la terre s'arrête et c'est pourtant là que le temps se fige.
Le vent qui nous bouscule nous fait prendre conscience de ce corps. Quelle chose étrange ! J'ai un corps et voilà qu'il se défend contre les rafales et les bourrasques. Le voilà qui avance, vaille que vaille.
Les pierres sur lesquelles on court moins qu'on ne trébuche sont lisses et froides. On pourrait tomber mais on ne tombera pas, parce que cette éventualité n'existe pas. Sur ces mêmes pierres, aujourd'hui, je marcherais avec précaution et cela ne me dérangera pas, car ces pierres se rappelleront mon cri, celui de l'enfant, des enfants, ceux qui criaient au loin en se demandant si un marin allait leur répondre, à défaut de l'écho.
On pourrait grimper sur les Pétrifiés de Bréhat, si on en avait le courage, mais l'on doute l'espace d'un instant, et l'on écoute le conte du comte Meriadec, Seigneur de Goëlo, qui fut assassiné par Gwill et Isselbert, ses enfants plein de folie qui n'ont jamais eu le courage d'attendre. Ils sont désormais les pierres et les rochers, pétrifiés de stupeur et d'horreur, car l'île n'a jamais accepté que l'on assassine, sur son propre sol, l'un de ses enfants.
L'île ou une fée, à l'époque où les fées n'avaient pas peur de se promener en plein jour, à l'époque où l'on croyait encore en elles. Morgane voyage. Le sang du comte colore les pierres. L'île est rose du sang baigné par les flots et mille années ne suffiraient pas à l'effacer. Les îles saignent, leurs stigmates à la vue de tous et l'on se rappellera, la première fois où l'on se coupera, du sang du comte répandu sur les pierres, la première goutte.
Au gouffre du Pann, les jeunes filles, impatientes elles aussi, viennent consulter les Dieux, l'oracle, la Nature. Peu importe qui les écoutera. Pour les enfançonnes esseulées, il suffit d'une pierre et d'un peu de courage. Isolé de tout, on peut parfois se découvrir plus courageux qu'on ne l'imaginait. Il y a que ça surprend, nous qui sommes toujours si sûrs de notre lâcheté.
Jeunes filles, lancez la pierre dans le gouffre, et si la pierre tombe directement dans l'eau, alors vous serez mariée dans l'année. Si la pierre rebondit  trois fois, alors il vous faudra attendre trois ans. Au diable les rides, au diable cette douleur ici, cet élancement là, la vieillesse des os, la fatigue des muscles !
On prend les pierres de l'île, mains sales et noires, et l'on bâtit les murs du Refuge intérieur, ce monde qui est nôtre. Apprivoiser la solitude et le silence. Apprivoiser son reflet dans les eaux claires.
En imagination, j'ai rencontré cette enfant. Je joue avec elle et le homard, et le faucon. Elle me parle de son désir de voyage. Anne, qui vit seule avec sa famille sur une île. Laquelle ? J'ai tout loisir de lui trouver l'île qu'il me plaira de lui donner pour habitat.


Pour les atteindre, ces îles, il faut prendre un bateau, nager ou voler. Prendre les chemins des Songes, aidé par un corbeau. Une île pour n'importe quel naufragé. Tous les naufragés.
Les îles de là-bas, l'île de Mervyn Peake, Sark, où il dessine, ces dimanches, ces jours qu'il trouve un peu ennuyeux.
Klovharun, l'île d'été de Tove Jansson et de son amie de coeur, Tuulikki Pietilä.


Et d'autres noms, les noms de ceux qui un jour, ont eu le courage de se perdre sur une île. Les noms de ceux qui ont eu le courage d'en repartir.

J'ai trouvé mon île au trésor. Je l'ai trouvée dans mon monde intérieur, dans mes rencontres, dans mon travail. 
Hugo Pratt.

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(La photo de Anne est issue du National Geographic - août 1938.)

mercredi 4 janvier 2012

Les autres enfants


Je n'ouvre jamais les magazines "people".
People, je ne sais toujours pas ce que ça veut dire. Je ne crois pas que ça veuille vraiment dire quelque chose. C'est un mot qui n'est même pas joli à prononcer, et il me semble vide de sens. C'est tellement éloigné de moi que, même si je le voulais, je n'arriverais pas à m'y intéresser. Je suis perplexe quand je vais chercher mes magazines à moi. Ils iraient aux toilettes qu'il y aurait encore des gens pour s'extasier. Je ne comprends pas.
Voilà, c'est le mot. Incompréhension mutuelle entre ce monde et moi. C'est hermétique. Je comprends pas qu'on sorte mille magazines sur le même sujet. Je comprends pas qu'on en parle à la télé. Je comprends pas que ça prenne tant de place.
Qu'on y jette un regard amusé de temps à autres ne me dérange pas. Je connais des gens chouettes qui le font, ça les amuse. La différence avec les "vrais fans "de cet Univers étrange et insondable : la distance.
Tout est une question de distance.
Le problème, quand on se promène sur le net, c'est qu'on ne peut pas passer à côté de Truc qui nous déçoit beaucoup en portant des collants jaunes alors que sa robe est rouge (mais c'est quoi ces gens qui s'habillent n'importe comment alors qu'ils sont le mètre-étalon de la branchitude et du glamour ??? Journalistes, vous avez amplement le droit d'affirmer que vous êtes déçus !), à côté de la famille Machin qui se crêpe le chignon parce que K a été méchante avec K., de Ploum qui aimerait  tellement faire un gosse depuis que son ex en a 6 ou 7, ou encore Chose qui présente Bidule à ses parents parce qu'un People, ça a aussi le coeur tendre et débordant d'amour et que parfois, il fait les choses tout comme nous. Et ça, ça en émeut pas mal.
Et s'il y en a que ça émeut, moi, je repose ma tasse de thé en gueulant, parce que je peux facilement devenir vulgaire et je m'en excuse, mais tout ça me pousse à la vulgarité : "mais qu'est-ce que j'en ai à foutre !!!".
Que les gens regardent si ça les amuse, mais j'ai pas envie qu'on me force à m'y intéresser. Je passe mon chemin. Je ne lis plus, et depuis belle lurette, les magazines cinéma empruntés aux copains qui, sans jamais être formidables, faisaient (à peu près) leur boulot : parler Cinéma, respirer Cinéma, vivre Cinéma. Je ne parle, bien sûr, ni des Cahiers du Cinéma (qui a ses bons côtés, même si Romain Duris préfère se torcher le cul avec dans le Dobermann de Kounen)ni de Positif, ni de Mad Movies. Ni même de Brazil. Depuis quelques années,  l'Art Noble du Cinéma se roule dans la fange : on  préfère parler des amourettes de B.P et A.J sur le tournage d'un film excessivement médiocre plutôt que de leur parler cinoche. Ceci vaut pour les émissions qui se targuent d'être cinéphiles. Je plains ces acteurs, ceux qui aiment vraiment ce qu'ils font, d'en être réduits à répondre à des questions toutes plus saugrenues les unes que les autres (posées, disons, par une certaine Ariane M.), un faible sourire sur leur visage pâle alors que ça se trouve, eux, ils aimeraient causer cinoche, et de leurs émotions, et de ce qu'ils pensent du film.
Alors je passe mon chemin l'air de rien, sifflotant tout en fumant ma clope (c'est faisable).
Je me sens le Titi parisien de mes jeunes années. Je m'en fous. Et alors ?
Et cette fois-là, je passais une nouvelle fois mon chemin... jusqu'à ce que je rencontre "les Enfants". Et en rencontrant ces Enfants, je me sens comme les adultes du Village Of The Damned de Wolf Rilla.
Je découvre alors, les doigts crispés sur mon clavier, ce microcosme. Je découvre, je lis, parce qu'il me faut en savoir plus. Comment ? On m'a caché tout ça pendant tout ce temps-là ?
Mais... mais !
Zut. Ils m'ont forcée à regarder de plus près cet Univers étrange et insondable. Parce que soudain, j'ai envie de comprendre. Envie de mettre ces fichus journalistes dans une cage. Le monde part à la dérive. Je préfère laisser mon imagination voguer sur ces photographies familiales que je viens de trouver. Penser à mon Grand-Père. Ces photographies-là sont belles et racontent une histoire.
Mais il me faut plonger dans la Grande Babylone.
Et je découvre que ces Enfants-là sont différents. Ces Enfants ne sont pas ces Enfants que vous côtoyez tous les jours (qu'ils soient membres de votre famille, que vous bossiez avec, etc.).
Cette race d'enfants-là est différente : ce sont des Enfants d'artistes (quand on est polis), Enfants de People (dans ce coin de la galaxie).
Et être le produit d'un People, c'est être différent.
Et j'apprends alors, mi-rêveuse, mi-ébahie - je peux parfois être très naïve - que ces Enfants de People possèdent déjà une maison (maison que d'autres ont du mal à payer), portent des escarpins (alors que certaines filles continue de se tordre les chevilles avec alors c'est sûr, il vaut mieux s'y prendre tôt), ont des i-pod (alors que je ne sais même pas comment ça marche).
La Galaxie des enfants-stars.
Une galaxie bien particulière, la galaxie du néant, du vide, celle du point d'interrogation éternel : "mais comment les photographes peuvent-ils passer leur temps à mitrailler ces fils et filles de. ? Qu'est-ce que ça leur apporte ? Il y a vraiment des gens pour s'intéresser à Suri, Shiloh, Kingston et compagnie ?" (le People n'est pas comme le commun des mortels. Pour nous le faire comprendre, à nous, qui évoluons dans une galaxie autre, ils affublent leurs enfants de noms plus moches les uns que les autres, la palme revenant aux filles de Demi Moore et Bruce Willis. Scout LaRue et Tallulah Belle, il fallait tout de même y penser - il paraît qu'ils ont eu l'idée en lisant Lucky Luke. Une amie me dit : "on dirait des noms de Petits Poneys !". Commentaire anonyme au sujet de Sunday Rose, Harper, Tallulah, Harlow, Sury ; notons la faute et rayons le prénom inutile  : "Gros coup de coeuur des que j'ai lu sa dans public ;P") .
                
L'icône des Enfants de People est Suri Cruise.
(Remarquons, qu'à de rares exceptions, tous les parents de ces Enfants ont leur cote de popularité en berne depuis quelques années.)
Ah, Suri ! Un joli prénom qui fait penser à un joli petit animal (celui qui gratte derrière mes murs quand je dors à poings fermés), mais surtout, un joli prénom d'origine persane.
Suri, c'est la Rose Rouge, et on se dit soudain que Tom Cruise et Katie Holmes, heureux scientologues, ont de jolis goûts. Ah ! On s'en fout totalement, jusqu'à ce que la copine d'une amie à vous, qui a beaucoup d'affection pour les People, vous apprend que : "ah mai nan ! Suri, c'est Princessse en hébreux ! C'est dérivé de Sarah et Tom Cruse et Katie, bin ils ont di que cétait un dérivé !".
Bon, pourquoi pas. Suri est un dérivé de Sara (salutations à toutes les Sarah/Sara que j'ai rencontrées). Je lis que, nuance, Tom Cruise et Katie Holmes préfèrent la signification de Princesse à Rose Rouge (Princesse, c'est plus People). Le pouvoir des People : changer ce qu'ils veulent, quand ils veulent.
Suri, donc. Suri, à 5 ans, porte des escarpins. Suri, à 5 ans, porte du rouge à lèvres et du vernis.
5 ans, ça devrait être l'âge où on essaye les escarpins de sa mère, son vernis et ses bijoux, pour rigoler.
Mais on ne rigole pas chez les Scientologues.
Suri C. est une star de la mode. Elle a d'ailleurs des fan-clubs, comme celui-ci, où l'on peut discuter à son aise de la "Tiny Fashionista". Forbes l'a écrit, et si Forbes le dit, c'est qu'il y a du vrai. Suri C. est l'enfant le plus influent de la planète.
Le plus influent. Un enfant de 5 ans impose ses goûts et ses dégoûts.
Et nous, on dit oui à tout, et on finit par trouver ça tout à fait normal, naturel, évident.
Les parents non-People scrutent avec avidité toutes les photographies de la gamine, inspiration pour habiller leur propres enfants. Sauf que la garde-robe de Suri C. coûte environ 400.000 Dollars. C'est pas vraiment ça, l'important. On offre les cadeaux qu'on est capable d'offrir, même quand on a le sens des proportions. On n'aime jamais trop ses enfants, n'est-ce pas.
A Noël, Suri veut des boucles d'oreille en diamant et des robes de princesses. Les parents ne disent pas non. Les parents People ne peuvent, vraisemblablement, jamais dire non. Peut-être parce qu'ils ont les moyens de leur dire oui.
Tremblez, pauvres gens !
Suri n'est pas une petite fille.
Suri n'est pas une enfant.
Suri est une FEMME. Plus femme que moi ou la moitié des femmes que je connais. Suri a déjà des goûs particuliers. Elle sait qu'elle veut porter des chaussures dorées à talon du plus bel effet. Elle sait que jamais et par trois fois jamais, elle ne sortira sans son rouge à lèvres.


Elle a déjà un goût très sûr en la matière et aime à combiner les couleurs et les tissus.
Suri a un emploi du temps très chargé. Puisque ses parents la considèrent comme une petite surdouée (la maman est flattée : à 3 ans, Suri lui a dit que le pantalon marron qu'elle comptait mettre avec ce chemisier ne lui allait pas, mais alors pas du tout) alors elle est inscrite partout : au foot, au cours de musique, à la danse (elle est déjà douée dans toutes ces disciplines). Interdiction de parler aux Enfants non-scientologues (non-People ?) parce qu'on ne sait jamais, ils pourraient avoir une mauvaise influence et pire, essayer de lui dire que l'histoire du Monde et des Extra-terrestres et de Saint L. Ron Hubbard, en laquelle croient ses parents, c'est vraiment n'importe quoi.
Au détour des recherches, on  découvre des photographies qui font tiquer. Sur ces photographies de papparazzi que Tom Cruise adore, Suri fait des grimaces pour éloigner les caméras. Suri se cache des caméras.
Si personne ne comprend que la gamine a  l'air d'en avoir un peu ras les ballerines, je sais pas ce qu'il leur faut. Mais vu que Suri est une FEMME, il est bien normal qu'elle puisse se débrouiller parfaitement devant les caméras. Enfant surdouée, de People, de mode. Elle a ça dans le sang . C'est inné.
Un jour de 2011, un papparazzo surprend la mère et sa fille dans un magasin. Ce qu'il prend en photo, c'est une gamine de 5 ans qui pleure pour avoir quelque chose. Les photos sont publiées et soudain, le monde entier reprend son souffle : oui, les enfants-people peuvent aussi crier, taper du pied, pleurer pour avoir quelque chose (qu'elle aura aussitôt) ! Oui, un Enfant-People peut parfois être comme les autres ! Formidable ! Rassurant ! Finalement, elle est humaine ! Rien n'est perdu !
Tout de même... j'aimerais savoir ce que raconte la gamine à ses poupées, quand la nounou et les parents ont le dos tourné.

A lire : le Suri's Burn Book.
Un blog où Suri exprime toutes ses pensées et sa jalousie des autres enfants de People, qu'elle veut avoir sur son territoire (le continent américain), à portée de vision, pour mieux les surveiller. Des gars qui préfèrent en rire (Amen) et qui, parfois, arrive à nous arracher un sourire : le passage où, voyant toutes ces People tomber enceintes,  Suri commence à le prendre un peu pour elle, parce que ces People, ils font rien qu'à essayer de lui ruiner son Petit Monde Parfait, est franchement drôle.

Suri, justement, pourrait avoir des ennemis. C'est bientôt la course à celui ou celle qui sera le mieux habillé(e), le plus tichou.
Ces Enfants de People Ennemis se nomment Violet et Seraphina Affleck...



Max Anthony (fils de Jennifer Lopez et Marc Anthony)



et Honor Marie Warren (fille de Jessica Alba et Cash Warren) .


Mais que Suri se rassure ! Ces Enfants-là ne sont pas si dangereux. Dans un classement très sérieux indiquant quels sont les enfants les plus influents (des Etats-Unis, donc de la planète), Violet n'arrive qu'à la 9ème place (sa soeur aînée n'est pas dans le classement. Il faut absolument dénoncer cette injustice !), Max A. est à la quatrième place (sa soeur, Emme, tombant directement à la 17ème place. On voit qui a hérité du "talent" familial) et Honor W. est à la 6ème place.
Mais n'oublions pas tous ces petits Enfants de People dont on n'a pas parlé.
Cruz David Beckham (7ème place), Jayden Federline (fils de Britney Spears et Kevin  Federline  - 10ème place) ou encore Charlotte Grace Prinze (fille de Sarah Michelle Gellar et Freddie Prinze Jr. - 14ème place).
D'ailleurs, ils s'appelleront désormais N. 7, N.10 et N. 14. Jusqu'à la prochaine liste qui les verra déchoir (si jamais Violet/N.9 ose porter un survêtement jaune et bleu avec des noeuds dans les cheveux en prime) ou monter (si jamais Max A./N.4 décide de porter cravate et chemise blanche pour Noël prochain, sait-on jamais, il n'est jamais trop tôt pour être classe).
Les Enfants-People sont toujours à la pointe de la mode, de la perfection. Jamais un faux-pas. Et quand on parle d'enfants, on se dit que c'est paradoxal.

La véritable Ennemie-People de Suri, c'est elle :


Shiloh Nouvel Jolie-Pitt.
Shiloh, c'est un peu l'envers du décor. Forcément, quand je vois cette tête blonde, je me dis, bêtement, faible que je suis,  me laissant attendrir deux minutes  : "ah ben ! elle a une bonne bouille, elle !". C'est vrai, bon sang, elle me fait penser à une version féminine d'Emil.




On a les références qu'on peut. J'aime beaucoup les miennes.
Et puis, quand on lit que Shiloh préfère se faire appeler Shax, qu'elle coupe les têtes des poupées Barbie et qu'elle collectionne les animaux morts, on se dit qu'elle aurait pu être une de nos meilleures amies si seulement elle était née à la fin des années 70 (voire au début des années 80) et si jamais elle avait fréquenté  une école appelée Saint-Jean située en Normandie.
Et puis, on lit, le sourcil levé, qu'elle ne semble pas être la préférée de sa maman. Sa maman qui dit qu'elle est un enfant biologique, et donc qu'elle a eu la chance de naître dans une famille riche et stable, ce que n'ont pas eu les autres... alors forcément, on l'aime un peu moins, ou on arrive pas à l'aimer autant que les autres. On peut comprendre - du moins tenter de comprendre - ces propos, mais tout de même, ça coince à un niveau. Je ne sais pas trop lequel. Ca refroidit.
Et ne jugeons pas un livre sur sa couverture, comme on dit. On se dit que Shiloh est quand même N.3 (la précède la mioche nouvellement née du couple Beckham, l'un des couples à qui on aimerait offrir un aller-simple en Afghanistan) et que ça se trouve, le coup du Tomboy (salut à toutes celles qui furent des Garçons Manqués, des Tomboys, car elles sont mes amies) était rôdé depuis le début.
C'est le coup marketing du siècle. Le talent de rendre cool ce qui ne l'est pas pour la majorité, de rendre chouette ce qui était jadis décrié (un peu comme Tim Burton).
Du coup, des gens comme moi peuvent tomber dans le panneau. Et puis, une fois ce traumatisme passé, on juge. C'est le problème, on finit par penser que tout le monde est suspect, même ceux dont on dirait, en les croisant dans la rue : voilà une famille qui me plaît.
Quand on les voit se promener, la main dans la main avec leurs mioches, alors qu'à la maison, c'est la nounou (les nounous, soyons fous) qui s'occupent de tout, on peut grincer des dents devant cette illusion savamment orchestrée. Les mamans s'émeuvent de voir que  ces mamans sont aussi des mères. Qu'elles ont les mêmes pulsions maternelles. On a l'impression de voir un joli coup monté :
Cette mère, c'est vous.
Bien sûr, tout le monde n'est pas à mettre dans le même panier. Il y a des Mamans célèbres qui ne misent pas leur côte d'amour sur leurs mioches. On peut penser à Vanessa Paradis qui, au moins, n'a jamais monnayé les photos de sa progéniture. Au moins, il y a une protection, qu'on se dit. Idem pour Tilda Swinton. Être pris en photo avec son gosse, bien sûr que ça arrive. On n'y peut rien,  les journalistes répondent à la demande. Si les gens ne donnaient pas autant d'importance à tout ça, ça n'arriverait peut-être pas. Et s'il y a des gens pour s'y intéresser, autant les mitrailler. C'est l'oeuf et la poule, on finit par se demander qui a commencé ce petit jeu du Chat et de la Souris (non, pas de jeu de mots). Ce qui dérange, c'est cette impression qu'ils sont toujours là au bon moment, prêts à être immortalisés. Suri, Shiloh, les enfants de l'infâme Mariah Carey ne sont plus que des produits que l'on vend, un grand sourire attendri sur les lèvres. Fausseté. Certains de ces enfants aident à remonter le capital sympathie d'acteurs, chanteurs (et non des artistes) qui ne sont plus très populaires. Jennifer Gardner, Halle Berry, Gwen Stefani, Kevin Federline, Katie Holmes, Jennifer Lopez. Des gens pour qui la gloire s'en est allée, ou pour qui la gloire n'a pas duré longtemps.                
Une saveur amère, au final.
La Petite Femme Suri a beau s'habiller comme une princesse aux goûts affirmés, on sait qu'on nous prend pour des imbéciles, et que Maman-Parfaite Katie H. est derrière sa mioche à l'habiller (avec l'armée de nounous ces fameuses nounous qui ont toujours quelque chose à raconter et qui, de temps en temps, aiment bien aller se présenter aux journaleux de pacotille pour leur dire ce qui se passe, dans les maisons. Leurs scoops à deux balles). Et puis parce que c'est sa gosse (et par définition, plus intelligente et plus belle et plus drôle et plus tout que tous les autres), elle et son époux nous font croire qu'ils n'ont rien à voir là-dedans. Ce sont juste les parents d'un être exceptionnel. Tout ça, c'est de la poudre aux yeux.
Il y en a encore pour s'attendrir devant la gamine, et il y a des gens comme moi, fascinés par toute cette noirceur qu'ils sont incapables de ne pas déceler.
Les gamins du couple Jolie Pitt sont, à première vue une fratrie unie. Personnellement, je m'arrête là, j'ai d'autres chats à fouetter, même si je sais que beaucoup trouvent la façon qu'a le couple de les élever à la limite de la maltraitance. Du peu que je m'y intéresse, ils ont l'air libre, joyeux. Si seulement cette simplicité pouvait être réelle, c'est tout ce que je me dis. Il faut lire cette page hallucinante où le journaliste essaye, du mieux qu'il peut, de comprendre le style vestimentaire de Shiloh Nouvel (et on le sent bien, il l'aime pas, ce style). On sent bien que le journaliste est dans une impasse, qu'il ne comprend pas comment une gamine de 4 ans, qui sait pourtant exactement ce qu'elle veut porter, qui sait comment se mettre en valeur... peut s'habiller aussi mal (selon les points de vue). On croit rêver. Tu nous déçois, Shiloh ! Tu n'es pas glamour. Espérons que tu sois plus féminine, quand tu auras 18 ans.
Au passage, il faut regarder sa soeur aînée, toute raidie, dont j'ai oublié le prénom (après tout, elle n'est que N.11). La façon dont elle regarde les journalistes fait froid dans le dos. C'est le même air, sur chaque photo. On a envie de lui mettre un sac sur la tête. Et le pire, c'est qu'on sait même pas ce qu'on ferait à la place de ces parents.

Bof.
Tout ça ne vaut pas un bon repas thaï ou une castagne avec les Vaches Noires.
On s'en fout, mais on ne peut pas s'empêcher de se demander si on a pas abusé des drogues hallucinogènes. On voit que le monde entier regarde ces enfants, le souffle coupé, à l'affût de la prochaine image, de la prochaine crise de larmes, de la prochaine lubie. Comme si les Enfants-People étaient les uniques responsables. Comme s'ils avaient demandé quelque chose, ces gosses. Il y en a pour se tromper de cible et ceux qui se trompent finissent par dire, écrire, toute la haine qu'ils ont de ces enfants.
Trop riches, trop gâtés, trop tout. Et mal élevés en plus.



Que portera Suri, la prochaine fois ? Shiloh tuera-t-elle un chiot à mains nues pour compléter sa collection ? Quelle sera la folie prochaine (et onéreuse) des parents en totale admiration devant leurs petiots ?
Y a t-il une vie après un jet privé ?
La vie peut-elle être meilleure ?

Mise à jour !
On en parle sur ce site. A lire, forcément. Des petites perles en plus (on y parle de l'insupportable Willow Smith), dont ces quelques mots du reporter Roger Hitts, du Star. Je surligne ce qui m'a fait bondir.
Shiloh et Suri ne sont pas exploitées commercialement par leurs parents, elles sont encore trop jeunes pour cela. Angelina et Brad ont bien été payés 5 millions de dollars par People Magazine pour les photos de Shiloh à sa naissance mais ils ont tout reversé à une oeuvre de charité. En ce qui concerne Suri, elle a fait la couverture de Vanity Fair à sa naissance mais Tom Cruise et Katie Holmes n'ont pas été rémunérés pour cela, même s'il est vrai que la session photo a tout de même servi à faire la promo du blockbuster de Tom Cruise à l'époque.

lundi 2 janvier 2012

On met la clé sous la porte. L'idée m'effleure depuis un moment. Depuis juillet.
En juillet dernier, j'ai découvert qu'il y avait plus de 400 pages existantes dans ce petit endroit. Froncement de sourcils. Faire le ménage pourrait être une activité ludique - et il n'est ludique que lorsqu'on ne le fait pas souvent - et voilà qu'au bout de deux heures (dépoussiérage débuté en été, avant d'être oublié), voilà que je m'ennuie.
C'est long, de mettre de l'ordre, ici.
Et puis, de toute façon, moins d'envie. Mais surtout, surtout ! : moins de temps.
Journal maladroit que j'ai aimé et crée de mes petites mains malhabiles, tu as suffisamment vécu, et c'était une chouette aventure.
Des pages blanches m'attendent, elles sont sur mon lit, et je les trouve très jolies, ainsi. Il faut que je les noircisse et que je perde la notion du temps - toujours - pour elles.

Mise à jour.


Je n'abandonne pas ce petit endroit. Cependant, je ne pourrais plus écrire ces choses que j'aimais écrire ici, ces choses qui venaient de mes tripes et qui donnent du feu à mon coeur et à mon âme. Sauf par une nuit d'insomnie, peut-être.
Il me faut faire un choix, et ça n'est pas facile !